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Archive for the ‘Romans’ Category

Le 27 mai de cette année 2011, le monde perdait un seigneur des mots et de la musique, un poète et un romancier à l’âme engagée, un musicien et un chanteur aux textes éclairés, sensibles et baignés dans une élégante soul musique, teintée de blues et de funk : le très regretté Gil Scott-Heron.

Né un 1er avril 1949 à Chicago, il passe une partie de son enfance auprès de sa grand-mère Lillie Scott dans le Tennessee à la suite du divorce de ses parents. Il poursuit des études secondaires dans le Bronx puis passe l’année 1970 à la Lincoln University (Pennsylvanie). Cette année là, il publie son premier roman, « The Vulture » (Le Vautour), un polar qui passe à l’époque complètement inaperçu, et pourtant objet culte aujourd’hui. Ce premier écrit est une satire de la politique américaine et du gouvernement de Nixon. Scott-Heron a une vision très lucide sur son époque. Il dénonce les dérives d’une société américaine étouffée par  la violence des problèmes de drogues qui sévissent dans les ghettos, par la misère de la condition noire et de ses discriminations dont il fait lui-même l’objet au quotidien. Il ajoute un magnifique recueil de poésies « Small Talk at the 125th and Lenox » cette même année.

Cet esprit contestataire va peu à peu passer de l’écrit à la chanson scandée (spoken word), qui sera l’un des mouvement fondateur du rap, grâce à une collaboration plus que prestigieuse avec des musiciens de jazz comme Bert Jones et Brian Jackson. Sous le même titre que le recueil précité sort un 33 tours produit par Bob Thiele (producteur notamment de John Coltrane), disque incroyablement moderne aux textes radicaux et au débit fortement maîtrisé. Ce premier album marque la naissance d’une très longue discographie de 26 albums à la qualité incontestable.

Son discours critique restera fidèle à ses opinions tout au long de son œuvre. De Nixon à Reagan (explicitement dans le titre B Movie), Gil Scott-Heron n’aura de cesse de défendre la condition afro-américaine et de dénoncer les conditions sociales monstrueuses dans lesquelles ce groupe tente difficilement d’évoluer. Il est une voix portée contre l’ignorance des classes moyennes, contre le monde des médias et de la politique conservatrice de l’époque. Écarté du label Arista en 1985, il est contraint de stopper les enregistrements studios provisoirement mais continue les tournées qu’il enchaîne frénétiquement.

Il retourne en studio en 1993 avec l’enregistrement de l’incontournable « Spirits ». La plupart de ces morceaux sont un appel aux rappeurs de l’époque, soulignant leurs textes qu’il estime trop assis sur la situation sociale et dénonçant un certain manque de recherche artistique. Une recherche qu’il creuse lui même jusqu’en enfer. En effet en 2001, suite au décès de sa mère, Gil Scott-Heron est incarcéré pour une sombre affaire de drogue et de violence domestique. Tombant dans un cercle vicieux de souffrance et de dépendance, il reste une année en prison. À sa sortie il participe à l’album du groupe Blackalicious « Blazing Arrow » , avant dix ans de silence.

Il revient en 2010 avec le magnifique « I’m New Here » , mixé par Jamie Smith. Le superbe morceau Me and the Devil est un étonnant mélange d’électro et de soul, à la fois sombre et brillant. Scott-Heron semble nous laisser ici son testament et nous enveloppe une dernière fois dans sa poésie nourrie par le cœur de la ville, la misère et la souffrance, avec cette voix toujours aussi fragile et touchante. Le célèbre réalisateur Chris Cunningham remixera le titre New York is Killing me, l’illustrant par la suite d’un clip minimaliste et sombre.
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Au cours d’un voyage en Europe Gil Scott-Heron tombe très gravement malade, on le savait atteint du sida. Certains auront malgré tout la chance de le voir une dernière fois à Paris au cours de cette tournée. Il s’éteint à 62 ans dans un hôpital de New York.

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Dernier épisode de notre passage au Salon du Livre, vidéo tardive, mais toujours d’actualité pour l’éditeur Stéphane Million qui nous présente sa maison et l’un de ses auteurs, Arnaud Le Guilcher, qui a sorti le mois dernier Pas mieux, suite de En moins bien son premier roman réédité en poche par Pocket. Le dernier numéro de la revue Bordel sur le Japon est également encore disponible en kiosque.

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Nouvel présentation d’un éditeur rencontré dans le cadre du dernier Salon du Livre : Finitude. Cette maison d’édition de fait, car jamais officiellement créée, sévit malgré tout depuis 2002 autour d’une librairie ancienne de la région bordelaise et approche tranquillement d’une première centaine de parutions. Rencontre avec Thierry Boizet.

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Parutions 2011 :
Raphaël Sorin, Les Terribles (parution prévue le 19 mai)
Capharnaüm
(revue) – n°2 (parution prévue le 19 mai)
Alfred Eibel, De passage à Paris (paru le 15 avril)
Julio Ramon Ribeyro, Proses apatrides
Emmanuelle Pol, L’Atelier de la chair
Jossot, Le fœtus récalcitrant
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Et pour poursuivre :
La Bibliothèque Forney (1 rue du figuier – 75004 Paris) accueille jusqu’au 18 juin, la première rétrospective consacrée à Jossot, génie de la caricature de la Belle Époque, notamment dans L’Assiette au Beurre. Portrait et diaporamas sonores plongent le visiteur dans l’œuvre de cet artiste inclassable.
Horaires : du mardi au samedi de 13h à 19h.

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« Ça parle surtout de gens normaux.
– Pas passionnant. Et qu’est-ce qu’ils font ?
– Ils boivent du café, ils discutent, par exemple.
– Eh ben dis donc !
Nous rions tous les deux.
»
Helle Helle – Chienne de vie (Le Serpent à plumes)
Traduction du danois par Catherine Lise Dubost.

Drôle d’univers que celui où l’écrivain Helle Helle plonge son héroïne (et ses lecteurs) pour ce cinquième roman, le premier traduit en français : Chienne de vie.

Bente, la quarantaine, écrivain, arrive en bus au « bout du bout du Danemark », la valise à la main, quittant sa vie d’avant (mari, appartement…). Elle est recueillie par Johnny et Cocotte, jeune couple qui très rapidement l’adopte. Bente baisse alors sa garde pour découvrir ce coin du monde où tout le monde se connaît, où tout le monde a l’air si gentil… Rencontres entre individus autour des gestes simples d’une vie quotidienne en terre isolée, enneigée, comme un dimanche sans fin.

Bente donne souvent l’impression de suivre le mouvement, comme si elle était en observation dans l’une de ses propres histoires. Vivre l’une d’elle de l’intérieur. Elle agît pourtant sur la vie de tous… mais ne corrige pas pour autant les éléments qu’elle peut dérégler, les erreurs qu’elle peut commettre, comme si finalement, cela n’arrivait pas, comme une mauvaise idée de roman : on efface et on recommence.

Helle Helle (n’est-elle finalement pas Bente… ou l’inverse ?) fait de la recherche sur ses personnages, sur les relations humaines. En forçant les gens à vivre ensemble, en les isolant du monde (village, tempête de neige…), elle analyse comment chacun finalement est capable d’agir, de réagir face aux autres, face aux événements de la vie.

Il ne s’y passe pas grand chose dans cette Chienne de vie et pourtant tout s’y passe.

A suivre un entretien avec Helle Helle.

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Comment montre-t-on son amour ? Est-ce que le fait de dire je t’aime signifie encore quelque chose ou est-ce un mot devenu vide de sens ?

Vibeke et son fils Jon, vivent à l’extérieure d’une petite ville du nord de la Norvège, près d’un bois. Jon aura neuf ans demain et l’on peut suivre alors les « aventures » des deux protagonistes durant cette veille d’anniversaire. Jon laisse sa mère préparer la surprise, espérant avoir un train en cadeau, et sort vendre des billets de loterie puis jouer un peu dehors. Vibeke, loin de penser à cet évènement, passe sa journée à prendre soin d’elle,  oubliant peu à peu son fils… ou s’imaginant qu’il est en sécurité et, allant à la bibliothèque, elle se laisse attirer par la fête foraine, les forains, hommes d’un soir…

L’écriture joue sur la simultanéité : d’un paragraphe à l’autre on passe de la mère au fils, et inversement, demandant une attention toute particulière du lecteur. Une écriture qui joue également sur l’angoisse. Hanne Ørstavik manipule le potentiel dangereux des situations dans lesquelles elle nous entraîne, situations où toutes les conditions sont réunies pour que l’histoire dérape… Travail sur la peur. Jon, volubile, fait très souvent confiance aux inconnus (un vieux monsieur, une jeune fille de son école, le monsieur dans la voiture…) suivant les conseils de sa mère : « tout le monde  a un bon fond. »

La tragédie frappe toujours à la porte et certains voudraient sans doute que l’on parle de Vibeke comme d’une mère indigne, délaissant son enfant. Il s’agit peut-être simplement d’une mère célibataire qui, le temps d’une soirée, cherche à se retrouver elle-même, pensant que sa progéniture dort tranquillement à la maison…

Paru, il y a sept ans en Norvège, ce roman est devenu un incontournable, étudié en université, classé à la sixième place par le quotidien Dagbladet des romans les plus importants de ces 25 dernières années. Des évènements qui finalement tranchent assez avec l’atmosphère générale de ce roman, fait de silences, de temps suspendus, de sons étouffés et où un terrain de jeu enneigé, et la nuit, pourrait se révéler plein de dangers.

A suivre prochainement, un entretien avec Hanne Ørstavik.

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Serge Le Vaillant anime depuis quatorze ans les nuits de France Inter, avec l’émission Sous les étoiles exactement. Des rencontres sensibles avec ces individus qui font la culture (musiciens, interprètes, comédiens, écrivains, etc.) mais aussi un espace de découverte pour de nombreux jeunes groupes qui font souvent là leur première émission importante.

Co-auteur des Plus beaux manuscrits de la Chanson et d’une biographie de Brel (L’Éternel adolescent) en 2008, c’est enfin dans le domaine du roman que ce passionné de la création, s’adonne aujourd’hui. Un roman où l’on retrouve l’amour que porte Le Vaillant pour les gens.

Pourtant, rien de glorieux dans le monde qu’il nous dépeint. A peine à la retraite, Jean-Louis Boulard, routier de carrière perd à peu près tout dans un divorce qu’il n’a pas vraiment vu venir et retour vivre chez sa mère, surnommée la Guenon, femme de caractère que l’on voit depuis toujours tirer la langue sur les photos. Sauf ma mère est un retour sur les 62 années de Jean-Louis à travers les femmes de sa vie (sa femme, sa fille, sa belle-sœur et quelques autres…), tout en suivant ce nouveau quotidien…

De la lumière et beaucoup d’ombres, des portraits hauts en couleur qui ne sont pas sans rappeler le Mammuth qu’incarne Depardieu dans le film de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Cette France populaire que même Jean-Pierre Pernaut ne montre pas… un peu perdue, un peu bancale, et qui se retrouve au Las Vegas pour boire quelques alcools maison estampillés « Pour les cons. »

A savourer sans modération.

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Une fin d’année riche en évènements pour Jérôme Attal puisque d’un côté sort, chez Stéphane Million Éditeur, son nouveau roman « Folie furieuse », trépidante aventure amoureuse dont le lecteur sera l’héroïne, et de l’autre l’album de Jenifer, « Appelle moi Jen », pour qui il a prêté sa plume, toujours habile et soignée. Rencontre donc avec cet auteur multiforme (romans, chansons, journal, scénarios, etc.), attachant et pince sans rire, qui fait subir à la jeune mère célibataire qui lui sert de protagoniste de multiples histoires entre espionnage et romance, Bukowski et le Président des États-Unis, des vampires et un chanteur de rock, des ex et des futurs, des autoroutes et des chemins de traverses, des courses poursuites et des rebondissements. A tous points de vue… romanesque !

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