Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘Les Allusifs’

Pour finir notre semaine consacrée à la maison d’édition montréalaise, Les Allusifs, entretien avec Brigitte Bouchard, sa fondatrice et directrice :
.

Les Allusifs fêtent cette année leurs dix ans. Cela semblait finalement avec le recul une assez bonne idée… Pourquoi se lancer à l’époque dans une telle aventure ?
Parce que je suis curieuse, aventurière et au moment de la création insouciante ! J’étais motivée à publier des œuvres littéraires du monde entier et depuis j’ai élaboré un catalogue de près de cent vingt titres, soixante-dix auteurs, de plus d’une douzaine de langues. Ça reste au quotidien une lutte permanente pour continuer ce projet mais c’est toujours aussi passionnant qu’au début. Publication après publication.

Qu’est-ce qui fait aujourd’hui l’identité des Allusifs ?
Je suis totalement en phase avec le projet de départ : des écritures fortes aux services des histoires. Je suis fascinée par les voix singulières que la richesse n’a d’égale que la multitude des horizons qu’elles donnent à lire.

Le format court est l’un de vos principes. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?
Au départ, je voulais piocher dans le vivier mondial  et trouver des auteurs qui ont écrit des romans courts, tels que Kawabata, Berberova, etc. Bref avec une écriture qui va à l’essentiel. C’est comme ça que j’ai découvert, il y a dix ans, le roman Amuleto de Roberto Bolano que j’ai publié en 2002. Ça m’a permis de découvrir des auteurs exceptionnels qui n’avaient jamais été publiés en France. Évidemment, j’ai dû mal à laisser partir mes auteurs s’ils écrivent un roman volumineux. Je les publie et ça devient des romans abusifs aux Allusifs ! Peu importe, l’important c’est la qualité du texte.

Vos auteurs ont des identités très fortes, humainement et littérairement. Cette identité est aussi importante que l’histoire qui est racontée ?
Cette identité fait partie intrinsèque de leur création et laisse une large place à la culture qui définit leurs valeurs humaines.

Quel auteur de votre catalogue est pour vous emblématique du travail de votre maison ?
Sylvain Trudel, Horacio Castellanos Moya, Svetislav Basara, Heloneida Studart. Je vais finir par tous les nommer ! (rires)

Votre catalogue a une partie internationale importante. Une manière de s’ouvrir sur le monde ?
Oui et de s’y fondre. Toutes ces voix insolites entremêlent des cultures et donnent des pistes de compréhension aux enjeux majeurs de notre société. Une série de variations qui offrent un regard sur notre époque, nos attitudes, notre environnement.

Même en ayant cette ligne de conduite. Y a-t-il des lectures qui vous ont vraiment surprises ?
Les lectures des auteurs serbes m’ont transformée tels que Svetislav Basara, Goran Petrovic, Vladan Matijevic. Ils prennent tous les risques et ne cèdent devant rien. Ils ont leur propre projet.

Versant visuel, 3/4 Polar, aujourd’hui Les Peurs. Pourquoi multiplier les collections ?
Pour mieux apprivoiser notre monde dans lequel on vit. Ça devient des enjeux stimulants même si, à chaque fois, il y a un risque de se perdre. Ce n’est pas pour autant une évasion mais plutôt une résistance, un défi à une époque qui manque de tolérance.

Pouvez-vous nous présenter cette dernière collection ?
La peur, c’est un thème qui me trotte dans la tête depuis des lustres car je trouve que nous sommes habités par toutes sortes de peurs et que la société les alimente en boucle. Au départ, je voulais publier un collectif et ce n’était pas si simple que tel auteur accepte de cohabiter avec tel autre. Pour autant, je ne voulais pas me débarrasser de ce thème et j’ai continué à vibrer avec cette idée en tête. C’est devenu ainsi une collection sur LES PEURS : un auteur, une peur, un livre. Le sujet m’apparaît encore plus porteur avec notre époque. L’effet de perspective joue aussi dû à l’importance des médias. Les livres seront de petit format, d’une centaine de pages. La collection commence avec un texte de  Pierre Jourde : La Présence qui traite de la peur des maisons vides ou plus largement la peur du vide et Daniel Bélanger, un auteur-compositeur interprète très connu au Québec signe Auto-Stop qui traite de la peur d’exister. Tous les sujets sont possibles : la mélancolie, l’humiliation, la violence, la perte, l’abandon, l’amertume, la vengeance, la douleur, la drôlerie, le cynisme, l’amour… ; peut être présenté sous la forme d’un essai, d’un récit, d’une discussion… La littérature nourrit une réflexion sur le topo et l’auteur choisit son mode d’écriture. Des personnalités de différents domaines artistiques écriront dans cette série.

Quels sont les prochains projets des Allusifs ? Vos prochaines sorties ?
Bizango
, un texte d’un auteur québécois, d’origine haïtienne dans la collection ¾ Polar. Un thriller intriguant qui tient à la fois du polar, du fantastique et de l’étude de mœurs, nourri en filigrane par la suite des méditations du romancier Stanley Péan sur les thèmes de l’identité et de l’altérité, de l’appartenance culturelle, du poids du regard de l’Autre et de l’intégration des immigrants à nos sociétés contemporaines.

Une dernière chose à ajouter ?
Soyez curieux !

 

Voir aussi :
Critique de Amour d’Hanne Ørstavik (x)
Entretien avec Hanne Ørstavik, auteure norvégienne (x)
Entretien avec Aude Samarut, attachée de presse des Allusifs  (x)

Publicités

Read Full Post »

Sans crier gare, Hanne Ørstavik est devenue il y a une dizaine d’années avec Amour l’une des grandes dames de la littérature norvégienne, séduisant par son exigence dans les mots… et les silences. A l’occasion de la sortie de ce roman dans nos contrées aux Allusifs (lire la chronique), nous avons pu nous entretenir avec elle, en français, lors de son passage au Salon du Livre.

.

.


Bibliographie en français

Amour (Les Allusifs – 2011)
Rien que l’Arctique (6 pieds sous terre Editions – 2008) avec Pierre Duba
La Pasteure (Les Allusifs – 2008)
Un amour sous clef (Le Reflet – 2000)

Read Full Post »

Comment montre-t-on son amour ? Est-ce que le fait de dire je t’aime signifie encore quelque chose ou est-ce un mot devenu vide de sens ?

Vibeke et son fils Jon, vivent à l’extérieure d’une petite ville du nord de la Norvège, près d’un bois. Jon aura neuf ans demain et l’on peut suivre alors les « aventures » des deux protagonistes durant cette veille d’anniversaire. Jon laisse sa mère préparer la surprise, espérant avoir un train en cadeau, et sort vendre des billets de loterie puis jouer un peu dehors. Vibeke, loin de penser à cet évènement, passe sa journée à prendre soin d’elle,  oubliant peu à peu son fils… ou s’imaginant qu’il est en sécurité et, allant à la bibliothèque, elle se laisse attirer par la fête foraine, les forains, hommes d’un soir…

L’écriture joue sur la simultanéité : d’un paragraphe à l’autre on passe de la mère au fils, et inversement, demandant une attention toute particulière du lecteur. Une écriture qui joue également sur l’angoisse. Hanne Ørstavik manipule le potentiel dangereux des situations dans lesquelles elle nous entraîne, situations où toutes les conditions sont réunies pour que l’histoire dérape… Travail sur la peur. Jon, volubile, fait très souvent confiance aux inconnus (un vieux monsieur, une jeune fille de son école, le monsieur dans la voiture…) suivant les conseils de sa mère : « tout le monde  a un bon fond. »

La tragédie frappe toujours à la porte et certains voudraient sans doute que l’on parle de Vibeke comme d’une mère indigne, délaissant son enfant. Il s’agit peut-être simplement d’une mère célibataire qui, le temps d’une soirée, cherche à se retrouver elle-même, pensant que sa progéniture dort tranquillement à la maison…

Paru, il y a sept ans en Norvège, ce roman est devenu un incontournable, étudié en université, classé à la sixième place par le quotidien Dagbladet des romans les plus importants de ces 25 dernières années. Des évènements qui finalement tranchent assez avec l’atmosphère générale de ce roman, fait de silences, de temps suspendus, de sons étouffés et où un terrain de jeu enneigé, et la nuit, pourrait se révéler plein de dangers.

A suivre prochainement, un entretien avec Hanne Ørstavik.

Read Full Post »

Maison d’édition québécoise fondée en 2001 par Brigitte Bouchard, Les Allusifs proposent un catalogue de 80 romans courts où chaque auteur, voix singulière du monde littéraire, pose un regard différent sur son monde… sur le monde. Rencontre avec Aude Samarut, attachée de presse des Allusifs,  lors de la dernière édition du Salon du Livre.

.

.
Parutions 2011 :
Daniel Bélanger, Auto-Stop (parution prévue le 6 mai)
Stanley Péan, Bizango (coll. 3/4 polar) (parution prévue le 29 avril)
Pierre Jourde, La Présence (coll. Les Peurs)
Hanne Ørstavik, Amour (traduction du norvégien par Céline Romand-Monnier)
Mavis Gallant, L’Idée de Speck (traduit de l’anglais par Pierre-Edmond Robert)

Read Full Post »