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Archive for the ‘Théâtre’ Category

La dernière création de Frank Castorf, donnée du 7 janvier au 4 février dernier au Théâtre de l’Odéon, avec Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Vladislav Galard, Sir Henry, Anabel Lopez, Ruth Rosenfeld, Claire Sermonne, fut tout sauf une lisse restitution du texte de Dumas fils. Pour ceux qui n’auraient jamais eu vent du travail du metteur en scène allemand, celui-ci se sert des textes comme point de départ d’une pensée qui suit ensuite des chemins sinueux, pour aller se choquer à d’autres matières textuelles. Les liens ne sont pas toujours évidents à suivre. Ici, La Dame aux camélias se trouve mêlée à des extraits de l’Histoire de l’œil de Georges Bataille, et de La Mission d’Heiner Muller. Ce spectacle est un tel foisonnement d’images, de références, d’interférences, une telle bousculade des codes, qu’il en est une traversée éprouvante ; c’est une œuvre qu’il faut réussir à engloutir, à avaler et surtout qu’il faut prendre le temps de digérer.

Dans la première partie, on est scotchés par la scénographie, immense plateau tournant à deux faces : une espèce de maison-squat de favela, avec un poulailler sur toit dans lequel agonise longuement Marguerite dés le début du spectacle ; de l’autre côté, un espace maculée, vitré ça et là, surmonté d’un immense panneau publicitaire ventant les mérites du viagra avec une photo de Berlusconi et de Kadhafi en pleine rigolade… Mais on se perd pas mal dans la proposition : superposition de scènes, liens difficiles à comprendre entre les personnages, pas vraiment de repères temporels… Après l’entracte, le sens se dessine plus clairement, la résonance entre les textes devient perceptible. De la confusion, du chaos, émerge peu à peu le destin d’une révolution avortée : celle de La Mission d’Heiner Muller. Et là, l’émotion, enfin, comme une récompense de n’avoir pas suffoqué dans le fatras de la représentation, s’impose grâce à la justesse des termes et la force de l’interprétation.

« Voilà mille ans que l’on rit de nos trois bien-aimées. Elles ont roulé dans tous les ruisseaux, se sont vautrées dans tous les caniveaux, traînées dans tous les bordels, notre putain la liberté, notre putain l’égalité, notre putain la fraternité. Mais je veux être assis là où l’on rit, libre pour ce qui me plaît, frère de moi-même et sinon de personne. »

C’est un spectacle qui se digère, vous disais-je, et qui déclenche de vertigineuses et passionnantes réflexions tant sur la forme que sur le fond. Il questionne le théâtre et ses limites, la performance de l’acteur, les choix de langues, le rapport intérieur/extérieur, la force de l’image filmée, projetée, affichée, du message slogan…

Castorf interroge formes et concepts en jouant avec les échelles des dimensions de la représentation, et ses formats. Ses dispositifs filmiques permettent de générer de l’intime, de la promiscuité, jusqu’à la sensation d’étouffement, alors que l’on se trouve sur un immense plateau, dans un dispositif qui relève du gigantesque ! Ces caméras indiscrètes, intruses nous font pénétrer dans la sphère ultra intime des personnages et ressentir cette sensation de trop près alors que l’on est si loin, mais que l’on partage pourtant le même espace-temps… tout cela est très troublant. Malgré les velours et le moelleux des fauteuils, l’inconfort nous saisi. Notre place de spectateur est soudain devenue violemment intrusive et voyeuriste… mais être spectateur n’est-ce pas toujours être un peu voyeuriste ? Nous voilà confrontés à une réalité de notre position qui en met plus d’un mal à l’aise. Il est bien loin le quatrième mur. Il a explosé, et on nous perd dans nos rapports d’échelles, projetés au cœur d’une action-passion étouffante : cette violation de l’intime résonne peut-être avec la volonté intrusive de prendre le contrôle de la vie de Marguerite. Et la résistance de Marguerite de n’appartenir qu’à elle-même fait bel et bien écho à ce désir urgent de briser les chaînes de l’oppression, de revoir les rapports de soumission qui régissent notre monde.

Quelle belle audace que d’avoir fait dialoguer ces textes apparemment éloignés. C’est une vraie relecture, un réel éclairage des textes et des idées, une vision qui trouble et bouscule, une matière à penser qui nous travaillera encore longtemps : une œuvre hautement artistique, enfin !

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à écouter : Bord de plateau – Rencontre avec l’équipe artistique animée par Laure Adler

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Pour sa nouvelle mise en scène, Laurent Bazin s’est attaqué à un monument du théâtre classique : Britannicus de Jean Racine. Dans ses plans rapprochés, Bazin raconte l’accession au pouvoir de Néron, entre désir d’émancipation et dépendance à la mère (Agrippine), dans une adaptation qui fait la part belle à l’image et au son, démontrant ainsi que l’alexandrin garde encore de nos jours une force redoutable, d’autant plus lorsque les comédiens y font honneur.

La dernière se déroule ce soir à La Loge. Mais en attendant une reprise très prochaine, nous vous invitons à plonger dans cette pièce, le temps de quelques plans (très) rapprochés.

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BRITANNICUS, PLANS RAPPROCHÉS par la Cie Mesden
D’après l’œuvre de Jean Racine
Mise en scène : Laurent Bazin
Avec Émilie Blon Metzinger, Adelaïde Bon, Damien Houssier,
Fréderic Jeannot et Céline Toutain
Assistante à la mise en scène : Céline Clergé
Accessoires : Manon Choserot
Scénographie : Bérengère Naulot
Costumes : Gwladys Duthil
Son : Alicya Karsenti
Lumière : Alice Versieux
Photographie : Svend Andersen
Graphisme : Gabriel Quillacq

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Le Cabaret Martyr est un spectacle lancé il y a maintenant trois ans par le Club de la Vie Inimitable, collectif théâtrale créé en 2007. Un spectacle, un peu foutraque et souvent décalé, qui multiplie les personnages et les situations rocambolesques, avec une interaction avec le public qui fait presque de chaque représentation, un évènement unique. Ce soir c’est la dernière à La Loge alors n’hésitez pas… à moins que vous ne les retrouviez bientôt dans votre appartement : une affaire à suivre ! En attendant, voici des extraits du spectacle donné 15 mars dernier.

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