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Archive for the ‘Interviews à lire’ Category

Sandra Abouav, chorégraphe de la compagnie METAtarses présente « HÉLICES » vendredi 15 et samedi 16 juin au Point Éphémère. Nous l’avions rencontrée en février dernier lors de son passage à La Loge avec la pièce « SLIDE-se révolutionner ». Aperçu d’un échange fleuve et passionnant.

Des modèles et des influences

J’ai découvert le travail d’Hervé Diasnas avec le solo « Naï » (vu à Poitiers il y a six ans environ). Quand j’ai décidé de faire mon solo « SLIDE », son fantôme m’accompagnait, parce qu’il est dans une expression des passions et se situe sur deux partis pris. Le premier consiste à ponctuer l’espace par des contraintes et rendre visible des domaines différenciés sur la scène (une conception qui façonne mon écriture). Il est capable de faire une danse des mains très articulée, minimaliste, subtile, mais aussi dé déployer une grande énergie. C’est son deuxième parti pris : son rapport à la dépense, à la physicalité vraiment accrue que j’aime beaucoup.

A la même période, j’ai vu ce que faisait Odile Azaguri. Elle met en scène quelque chose de l’ordre de la folie humaine, une décadence de vie qui nous plonge dans l’humain et ses ambivalences. Ce qu’elle propose n’est pas du tout binaire, c’est une sorte de dérive du collectif sur l’individu. Il y a quelque chose de cet ordre là qui m’a beaucoup plu quand j’ai rencontré ce travail. Elle est d’origine marocaine et travaille aussi sur l’idée de l’exil, sur la culture que l’on amène avec soi, qui est déposée dans le corps et qui peut se manifester dans l’ailleurs. Chez elle aussi, j’apprécie la dépense physique de la danse, l’idée que quelque chose de fort se joue sur scène. Ce que je fais est antinomique avec la non-danse ou de la contredanse.

J’aime aussi beaucoup Christine Gérard, pour son rapport à l’improvisation, sa capacité à nous mettre dans un état d’hyper sensibilité. Et il y a Dominique Dupuy : un totem vivant, une bibliothèque vivante, dans ce qu’il transmet de son rapport à l’espace. Je me sens « héritière » – bien que je n’ai pas été son élève unique et qu’il n’a pas été mon maître au sens où il n’y a pas eu de transmission privilégiée. Je me sens comme chargée d’une responsabilité vis-à-vis de son travail, notamment en ce qui concerne sa conception de l’espace, empruntes de principes orientaux. Selon lui, l’espace est déjà peuplé de mouvements, et le corps, en traversant ce champ de mouvements présents mais imperceptibles, les rend visibles. Le mouvement existe déjà, il suffit au corps de s’insinuer à l’intérieur : le corps n’est qu’un vecteur du mouvement déjà existant. Cette idée me plait beaucoup. C’est aussi ce que dit Mary Wigman lorsqu’elle parle des petites mains extérieures et invisibles qui la déplacent, qui bougent son corps. Ce qui me plait dans cette notion de l’espace, c’est qu’il y a une forme de déresponsabilisation. Tu te décentres, tu t’en remets à l’espace, à l’écriture que tu fais de l’espace, pour voir émerger la danse.

Le travail de Sandra Abouav : quelques fondamentaux

ESPACE
Le rapport à l’espace est fondateur. Il y a des gens qui dansent plutôt sur place, même si en danse contemporaine, cela a été un peu balayé… Je suis dans l’idée d’être au cœur du monde et d’être plongée, immergée dans un espace.

CÉLÉBRATION
J’aime aussi beaucoup l’idée  de réenchanter le quotidien, de la célébration. Quelque soit le projet, il y a toujours pour moi l’envie d’une célébration de la vie, de l’humain, quelque chose qui le porte au sublime. Comme une gloire à cette vibration de la respiration, de la pulsation : je suis très attachée au rythme. J’aime penser à un corps qui serait encore païen, surtout au XXIe siècle. Un corps qui se reconnecterait avec le sacré, le spirituel dans un rapport au temps immémoriel ; c’est probablement une conception plus orientale qu’occidentale. Que l’on soit face à un solo ou à une danse de groupe, j’aime l’idée que l’on puisse avoir accès à l’individu dans sa mythologie intime. C’est-à-dire qu’il y a des rituels intimes, des choses auxquelles on n’a pas accès directement, qu’il faudrait décrypter.

SÉMIOTIQUE
Je considère que la danse se situe entre le signe et le symbole : qu’il y ait des choses qui fassent signe, comme l’écriture, qui laisse peu de place à l’ambivalence, et la danse plus liée au symbole, qui lui, au contraire est vraiment chargé, avec des connotations très différentes. Dans mon travail, j’essaie de toujours flirter entre les deux.

MÉTAMORPHOSE
Ce qui me plait aussi, c’est de pouvoir me glisser dans des peaux différentes. Comme dans mes rêves d’enfant. Avec l’idée du travestissement, mais aussi (surtout) celle de changer de peau : de pouvoir passer à l’animalité, de pouvoir jouer avec sa propre peau. La métamorphose, c’est mon cheval de bataille ; et « SLIDE », c’est vraiment la recherche du comment  glisser d’une situation à une autre, comment aller jusqu’au bout d’une expérience que l’on peut faire avec une peau particulière, et comment la mue, la mutation même est impérative pour continuer.

FAIRE DE LA SCÈNE UN LIEU DE QUESTIONNEMENT
Sans pour autant qu’il y ait un message, ce que je considère comme le pire écueil du spectacle vivant (« Quel est votre message ? » « Qu’est ce que vous voulez dire ? »). Je fais quelque chose qui dit quelque chose, mais moi, je ne veux rien dire. Et j’aime pouvoir semer du trouble : par l’illusion d’optique, l’illusion temporelle, par la déformation du corps… quelque chose qui dérange, qui déplace.

VIDÉODANSE
De manière plus pragmatique, dans mon travail, la collaboration avec Vincent Cespedes est essentielle. Ensemble, on réalise beaucoup de vidéodanses. Il filme et m’amène des musiques à explorer. Il y a vraiment un lien particulier entre la musique et la danse. C’est une rencontre qui amorce un évènement, et Vincent, dans sa philosophie, définit l’évènement comme une source d’émotion. Il y a évènement quand il y a émotion. Le mouvement c’est de l’émotion. Comme disait Merce Cunningham, ce n’est pas la peine de surenchérir, le corps en mouvement est déjà très expressif. L’idée est donc de tisser des intentions pour parvenir à l’émotion, d’atteindre et d’impliquer le spectateur, de le questionner, de le déplacer. Cette conception vitaliste est également très présente dans la philosophie de Vincent Cespedes : on parle de la brèche de la vie.

ANTENNES
Quand je donne des cours, j’utilise souvent le mot « antenne ». On a des antennes au bout des doigts : c’est assez évident et commun comme image. J’avais fait un stage avec une danseuse de butô,  Sumako Koseki, qui parlait de la « pixellisation du corps ». Elle avait recours à ce terme technologique virtuel pour parler du corps, et je trouve ça drôle. Pixeliser le corps, le mettre en haute définition, essayer de rendre visible chaque parcelle du corps dans un rapport hyper sensible à l’espace. Cela me touche beaucoup et me renvoie à une idée de Déborah Hay :  faire comme si chaque cellule du corps se rendait consciente de l’espace dans lequel elle se projette. Ne pas avoir un corps bloc, mais un corps réflexif et réceptif à l’espace qui l’entoure, comme si les cellules du corps grouillaient… J’aime bien l’idée que le corps soit une matière grouillante.

À découvrir : HÉLICES, 15 et 16 juin au Point Éphémère.

En résidence au Point Éphémère en mai du 14 au 27 mai avec le projet « HÉLICES »,  nous présenterons une première étape de travail dans le festival « Les petites formes décousues » les 15 et 16 juin (tous les résidents du Point Éphémère y présentent leur travaux). Je travaille de nouveau avec Vincent Cespédes qui m’accompagne autant en musique qu’en philosophie. Dans « HÉLICES », il y a une thématique pré-explorée dans « SLIDE » : le passage du mécanique à l’organique. Il s’agit ici d’explorer comment on perd de vue l’humain parce que l’on se « machinise » on se « routinifie », et comment on brise ses chaînes pour retrouver le rapport à l’humain, au vibrant.

Il y a ces deux idées dans l’hélice et c’est ce qui me passionne : c’est à la fois une forme qui est fabriquée industriellement pour générer de la propulsion, mais ça désigne aussi l’hélice organique qui est présente dans la construction de beaucoup de structures vivantes. Nos muscles sont en spirales, la double hélice de l’ADN est aussi une image. De quelle hélice va-t-on parler ? Quel est ce symbole que l’on va convoquer ? Pour le savoir, rendez-vous vendredi 15 juin et samedi 16 juin au Point éphémère pour découvrir la première étape de travail de « HÉLICES », dans le cadre des Petites formes décousues.
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Suite à notre récent article sur Richard Bellia (lire), le photographe m’a fait l’honneur de m’accueillir en toute simplicité chez lui à Lyon pour une interview automatique un peu revisitée, autour d’un café et au milieu de ses centaines de photos dispersées ça et là dans son appartement. Un entretien riche en anecdotes :

A quoi rêviez-vous enfant ?
Aucun souvenir.

Avez-vous des modèles ?
Non.

Comment décririez-vous votre travail ?
Je suis un photographe qui s’est spécialisé dans la musique. Je fais attention au matériel que j’utilise, à la manière dont je travaille, que ce soit la prise de vue, le développement et le tirage qui donnent une unité à mon travail. Combien même mes photos normalement sont sensées être utilisées à l’unité, parce que je fais normalement des photos pour la presse, au final mon travail peut se lire par lui-même. Ce qu’on appelle donc une œuvre (rires).

Et pour de vrai, vous faites quoi dans la vie ?
Mes activités sont assez simples : je prends des rendez-vous pour faire des photos, je fais mes photos, je développe mes photos, je les tire, je les expose, j’en fais des livres et des catalogues d’expositions, je voyage avec, je les vends aux différents médias qui veulent m’en acheter et je fais des procès aux gens qui les ont utilisés avant de me demander ou sans que je ne le sache (rires). Je le dis et je le répète à tout ces gens qui font l’objet de ces procès : je suis un mec très gentil, mais je peux être un véritable connard quand il s’agit de ça ! Je leur fais la morale parce que ce qu’ils font, dans ces cas-là, c’est vraiment mal. En général, ils me disent merci, parce qu’au final ils se rendent compte qu’ils ne se posent jamais la question ! Quand ils vendent mon travail avec la signature de quelqu’un d’autre, c’est strictement et par définition de la contrefaçon ! C’est le soucis du numérique : tout le monde peut mettre une photo en ligne trouvée sur internet en la faisant passer pour son propre travail. Et des photographes qui râlent parce qu’ils se sont fait piquer leur travail, il y en a autant que de gens qui ont un appareil photo. Ce qui est intéressant à souligner dans cette problématique, c’est qu’on a pensé que le numérique était une véritable démocratisation de la photographie (tout le monde peut soudainement en faire), ce qui est déjà gros un mensonge car cela reste vachement cher, paradoxalement à l’argument que l’on n’a plus besoin d’acheter de pellicules… Mais quand tu additionnes le budget photo que les gens investissent dans la course des nouveautés numériques, tu constates qu’avec ce même budget tu pourrais acheter de la pellicule pendant des décennies… Je ne travaille qu’avec la pellicule, c’est de la chimie et c’est comme ça que ça se fait.

Quelle est votre actualité ?
Depuis peu mes photos sont en vente au YellowKorner, une chaîne de magasins de photos présente un peu partout dans les grandes villes de France. C’est tout nouveau pour moi car c’est la première fois que je suis édité de cette manière. Je leur ai donné l’autorisation d’utiliser mes photos et d’en faire commerce. Jusqu’à aujourd’hui, à chaque fois que j’ai fait une photo, c’était moi qui payais la pellicule (ou elle était payée par un média dans le cadre d’une commande), mais dans tout les cas, à la fin de la journée la pellicule était indiscutablement MA propriété. Pour le YellowKorner  j’ai accepté cette nouveauté.  À propos de marché, j’aime bien cet adage : « il y a un trou dans le marché, mais est-ce qu’il y a un marché dans le trou ? » (rires).

Quel est votre dernier coup de cœur artistique?
J’ai fait pas mal d’expos à droite à gauche cette année et assez régulièrement dans les vernissages je rencontre des groupes. Je tombe souvent sur des trucs qui sont « presque bien », dans le sens où le budget de leur production est relativement mince. Je me dis parfois juste que si il avait un vrai travail de réalisation derrière, ça pourrait vraiment cartonner. Je pense à un groupe qui s’appelle The Flash ou Klink Clock. Il y a un truc qui me plaît bien : c’est un comité de sélection qui chaque années subventionne des groupes émergeants depuis le début des années 90 ; le FAIR, des groupes français comme Dionysos, M, Cali y sont passés. Je reçois la compilation régulièrement et j’aime beaucoup les groupes que j’y entends, j’y ai découvert La Femme notamment. Sinon ma référence indiscutable, c’est les Pixies, parce-que je les trouve très malins. En terme de cinéma je dois avouer que je n’y vais jamais. J’ai fait un blog pendant trois ans au festival de Cannes et de Berlin pour Arte, on y trouve tout ce que j’ai fait pendant 15 jours là-bas sous une formule de 10 photos avec 10 textes par jour, mais sincèrement je n’aime pas ce milieu. Pour le canard, ce serait Charlie Hebdo. D’ailleurs, à propos de l’incendie récent de leurs locaux, j’ai envie de dire que si le journal satirique numéro un du pays est obligé maintenant de travailler derrière des gilets pare-balles, c’est vraiment pas un détail anodin! 

Si vous deviez arrêter la photo que feriez-vous ? (ndrc : digression)
Je ferais exclusivement du tirage, et dans le pire des cas j’écrirais, j’écris déjà beaucoup. Je me vengerais avec mes mots. Paradoxalement je ne lis pas beaucoup, mais j’ai une excuse : je pense que tu ne dois absolument pas regarder le travail des autres, autant dans la photo que l’écriture, parce-que tu le ferais soit d’un œil uniquement critique ou envieux, ou pour piquer un plan et relever les fautes récurrentes de l’auteur et là, tu te laisses embarquer dans une histoire qui n’est pas la bonne. Mais attention, ce n’est pas une bonne excuse pour ne pas lire, ça reste MA bonne excuse pour ne pas lire (rires) .

Quel est le dernier cadeau que vous ayez fait ?
Mon livre. Le livre a une dimension sacrée, et le mien étant super bien, ça joue en ma faveur (rires).

Que sauveriez-vous des flammes d’un incendie ?
Toi, moi et puis un casier de photos.

10. Vous faites quoi demain ?

Bientôt je fête mes 50 ans au Transbordeur à Lyon qui présentera une énorme exposition de mon travail et il y aura une très belle scène musicale à l’occasion. Mais c’est un scoop ! Je n’en dirai pas plus pour l’instant… (rires).

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Pour finir notre semaine consacrée à la maison d’édition montréalaise, Les Allusifs, entretien avec Brigitte Bouchard, sa fondatrice et directrice :
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Les Allusifs fêtent cette année leurs dix ans. Cela semblait finalement avec le recul une assez bonne idée… Pourquoi se lancer à l’époque dans une telle aventure ?
Parce que je suis curieuse, aventurière et au moment de la création insouciante ! J’étais motivée à publier des œuvres littéraires du monde entier et depuis j’ai élaboré un catalogue de près de cent vingt titres, soixante-dix auteurs, de plus d’une douzaine de langues. Ça reste au quotidien une lutte permanente pour continuer ce projet mais c’est toujours aussi passionnant qu’au début. Publication après publication.

Qu’est-ce qui fait aujourd’hui l’identité des Allusifs ?
Je suis totalement en phase avec le projet de départ : des écritures fortes aux services des histoires. Je suis fascinée par les voix singulières que la richesse n’a d’égale que la multitude des horizons qu’elles donnent à lire.

Le format court est l’un de vos principes. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?
Au départ, je voulais piocher dans le vivier mondial  et trouver des auteurs qui ont écrit des romans courts, tels que Kawabata, Berberova, etc. Bref avec une écriture qui va à l’essentiel. C’est comme ça que j’ai découvert, il y a dix ans, le roman Amuleto de Roberto Bolano que j’ai publié en 2002. Ça m’a permis de découvrir des auteurs exceptionnels qui n’avaient jamais été publiés en France. Évidemment, j’ai dû mal à laisser partir mes auteurs s’ils écrivent un roman volumineux. Je les publie et ça devient des romans abusifs aux Allusifs ! Peu importe, l’important c’est la qualité du texte.

Vos auteurs ont des identités très fortes, humainement et littérairement. Cette identité est aussi importante que l’histoire qui est racontée ?
Cette identité fait partie intrinsèque de leur création et laisse une large place à la culture qui définit leurs valeurs humaines.

Quel auteur de votre catalogue est pour vous emblématique du travail de votre maison ?
Sylvain Trudel, Horacio Castellanos Moya, Svetislav Basara, Heloneida Studart. Je vais finir par tous les nommer ! (rires)

Votre catalogue a une partie internationale importante. Une manière de s’ouvrir sur le monde ?
Oui et de s’y fondre. Toutes ces voix insolites entremêlent des cultures et donnent des pistes de compréhension aux enjeux majeurs de notre société. Une série de variations qui offrent un regard sur notre époque, nos attitudes, notre environnement.

Même en ayant cette ligne de conduite. Y a-t-il des lectures qui vous ont vraiment surprises ?
Les lectures des auteurs serbes m’ont transformée tels que Svetislav Basara, Goran Petrovic, Vladan Matijevic. Ils prennent tous les risques et ne cèdent devant rien. Ils ont leur propre projet.

Versant visuel, 3/4 Polar, aujourd’hui Les Peurs. Pourquoi multiplier les collections ?
Pour mieux apprivoiser notre monde dans lequel on vit. Ça devient des enjeux stimulants même si, à chaque fois, il y a un risque de se perdre. Ce n’est pas pour autant une évasion mais plutôt une résistance, un défi à une époque qui manque de tolérance.

Pouvez-vous nous présenter cette dernière collection ?
La peur, c’est un thème qui me trotte dans la tête depuis des lustres car je trouve que nous sommes habités par toutes sortes de peurs et que la société les alimente en boucle. Au départ, je voulais publier un collectif et ce n’était pas si simple que tel auteur accepte de cohabiter avec tel autre. Pour autant, je ne voulais pas me débarrasser de ce thème et j’ai continué à vibrer avec cette idée en tête. C’est devenu ainsi une collection sur LES PEURS : un auteur, une peur, un livre. Le sujet m’apparaît encore plus porteur avec notre époque. L’effet de perspective joue aussi dû à l’importance des médias. Les livres seront de petit format, d’une centaine de pages. La collection commence avec un texte de  Pierre Jourde : La Présence qui traite de la peur des maisons vides ou plus largement la peur du vide et Daniel Bélanger, un auteur-compositeur interprète très connu au Québec signe Auto-Stop qui traite de la peur d’exister. Tous les sujets sont possibles : la mélancolie, l’humiliation, la violence, la perte, l’abandon, l’amertume, la vengeance, la douleur, la drôlerie, le cynisme, l’amour… ; peut être présenté sous la forme d’un essai, d’un récit, d’une discussion… La littérature nourrit une réflexion sur le topo et l’auteur choisit son mode d’écriture. Des personnalités de différents domaines artistiques écriront dans cette série.

Quels sont les prochains projets des Allusifs ? Vos prochaines sorties ?
Bizango
, un texte d’un auteur québécois, d’origine haïtienne dans la collection ¾ Polar. Un thriller intriguant qui tient à la fois du polar, du fantastique et de l’étude de mœurs, nourri en filigrane par la suite des méditations du romancier Stanley Péan sur les thèmes de l’identité et de l’altérité, de l’appartenance culturelle, du poids du regard de l’Autre et de l’intégration des immigrants à nos sociétés contemporaines.

Une dernière chose à ajouter ?
Soyez curieux !

 

Voir aussi :
Critique de Amour d’Hanne Ørstavik (x)
Entretien avec Hanne Ørstavik, auteure norvégienne (x)
Entretien avec Aude Samarut, attachée de presse des Allusifs  (x)

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Vue de l'exposition Fresh Hell, Palais de Tokyo, 2010

Mardi 19 Octobre 2010, le Palais de Tokyo nous conviait au vernissage de « Fresh Hell », carte blanche donnée à l’artiste Adam McEwen.  Lors de notre visite, Julien Fronsacq, commissaire d’expositions du Palais de Tokyo, a répondu à nos questions :

Quel est l’intérêt de la carte blanche par rapport aux expositions traditionnelles ? Peut-on parler d’un nouveau médium pour l’artiste ?
La singularité de la carte blanche est dans son nom : on invite un artiste à être commissaire d’exposition. Il va concevoir l’exposition : choisir une thématique, sélectionner des œuvres au gré de ses intuitions, de ses associations d’idées et associations formelles. L’inédit est dans la confrontation entre le rôle de l’artiste et celle du commissaire d’exposition. En arrivant au Palais de Tokyo Marc-Olivier Wahler souhaitait qu’une fois par an une carte blanche soit offerte à un artiste pour imaginer une exposition selon n’importe quel format. Tout est possible : montrer des œuvres, ne pas montrer d’œuvres, choisir une thématique plus précise ou tout à fait flou, etc.

Michael Landy, Market 1990

Pourquoi Adam McEwen ?
Chaque année on essaie de changer le format de l’invitation et de changer un peu de portrait d’artiste. Adam McEwen a selon moi deux spécificités : la première c’est qu’il est européen, d’origine écossaise, mais il a fait ses études aux Etats-Unis et vit là bas. Il a eu une formation universitaire relativement classique en Angleterre, une culture très littéraire qu’il oublie parfois mais ça se sent quand on parle avec lui, il a assimilé pas mal de choses très classiques, et puis ensuite il fait preuve d’une très grande curiosité pour les autres artistes, vous en parler en oubliant qu’il est lui-même un artiste. Il est discret quant à son propre travail. Enfin, il a déjà conçu des expositions en tant que commissaire à la Gagosian Gallery.

Sa venue s’inscrit dans la continuité ou en rupture avec les deux éditions précédentes (ndlr : Jeremy Deller et Ugo Rondinone) ?
Un peu des deux. Jeremy Deller est un artiste qui connaît bien Adam McEwen depuis longtemps. Il s’intéressait à la question de l’art mais, au-delà, à la question de la culture, de ses représentations et de son archivage. On dépassait donc très rapidement les catégories classiques de l’œuvre d’art. Ugo Rondinone et Adam McEwen ont le plaisir de créer des confrontations inédites entres des œuvres qui sont issues de périodes très différentes, ils se distinguent des méthodes qui sont celles des conservateurs de musées Ugo Rondinone avait déjà réalisé ce genre d’écarts dans les musées. On les a attaqués là-dessus. Ce genre de clash historique a déjà été mis en scène à Pompidou ou à la Tate au moment de son ouverture. La grande spécificité, c’est la façon de circonscrire les sujets, de créer des sections ou des récits entre les sections dans une seule exposition.

Jonathan Borofsky, You are not alone slow down there is no one to please but yourself 1975 1976 et Rob Pruitt, Esprit de corps 2006

Le thème de la carte blanche cette année est l’Histoire, comment toutes ses œuvres ont-elles été mises en perspective ?
De façon plus conceptuelle, il y a un scénario. Le cœur est la question de l’Histoire. Ça commence avec une sorte de poids de l’Histoire, du temps qui passe, mais aussi de la grande Histoire, l’Ancien Testament jusqu’à la Révolution française. La fin du parcours se fait avec l’histoire plus personnelle de l’artiste, la petite histoire, c’est-à-dire la façon dont un artiste travaille dans son atelier avec des métaphores. L’artiste cherche peut être à s’affranchir de l’histoire politique, de l’histoire de l’art pour retrouver une pratique parfois très personnelle et transcender cette surcharge historique.

Comment se déroule cette collaboration entre Adam McEwen, les artistes choisis pour cette carte blanche et vous ?
Nous sommes trois curateurs, relais avec les artistes et Adam McEwen, pour toutes les problématiques liées à la production de l’exposition mais aussi pour trouver le bon moyen d’expliciter le discours d’Adam McEwen. Il est comme un écrivain qui travaille sur son manuscrit et à un certain moment il faut arrêter le propos pour tenter de le clarifier. Nous sommes également un relais pour  tous les départements du Palais de Tokyo.

Agathe Snow, Wallpaper 2006

Est-il facile pour les artistes qui ont prêté leurs œuvres d’être plongés dans l’univers d’un autre artiste ?
Je pense que c’est très facile. Les œuvres ont été essentiellement prêtés par des prêteurs, des collectionneurs et des institutions, mais aussi par des artistes qu’Adam McEwen connaissait déjà. Il y a la complicité et la confiance qu’ont les artistes entre eux et qui est une confiance plus grande que celle qu’ils peuvent avoir avec l’institution.

Pouvez-vous nous parler d’une œuvre dans l’exposition qui vous a marqué ?
Il s’agit de « In the Hood » de David Hammons qui est une capuche de sweatshirt. C’est un jeu de mots parce que cette capuche est verte comme le vert des bois, des sapins, et qu’on pense immédiatement à Robin Hood, Robin des bois, mais « in the hood » c’est aussi en argot urbain aux Etats-Unis une expression qui permet de dire « dans le quartier », qui évoque évidemment la question de la communauté et l’argot des minorités afro-américaines. Cette façon de confronter le récit littéraire et l’imaginaire urbain, je la trouve assez belle.

Maurizio Cattelan, - 74.000.000 1996


L’exposition se tient au Palais de Tokyo du 19 octobre au 16 janvier 2010.

L’ensemble des photos présentées sont des vue de l’exposition Fresh Hell, Palais de Tokyo, 2010



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Communiqué de presse :
Cartographie du cerveau de l’artiste, de ses désirs, de ses influences, la carte blanche à un artiste est l’occasion d’aborder par un biais inédit les processus de création et de recoupements esthétiques. Après Ugo Rondinone en 2007 et Jeremy Deller en 2008, Adam McEwen (artiste britannique basé à New York) conçoit un projet exceptionnel et fait dialoguer la sculpture médiévale avec l’art conceptuel, un coffre-fort et une tentative de lévitation, des artistes oubliés et ceux bénéficiant déjà de la bénédiction de l’histoire. Face à cette histoire, justement : quelle position un artiste peut-il adopter aujourd’hui ? Tout a déjà été fait ? Tant mieux, on peut enfin commencer à travailler. L’exposition FRESH HELL plonge dans l’histoire, proche ou lointaine, mais n’opère pas à coup de sonde verticale. Elle brosse des mouvements latéraux et organiques, génère nombre de paradoxes et la fraîcheur qu’elle apporte est constamment balayée par le souffle des revenants.

avec : Bas Jan Ader, Barbara Bloom, Jonathan Borofsky, Angela Bulloch, Maurizio Cattelan, Anne Collier, Martin Creed, Gino De Dominicis, Walter De Maria, Jessica Diamond, Matias Faldbakken, Isa Genzken, Geert Goiris, Dan Graham, Philip Guston, Raymond Hains, David Hammons, Georg Herold, Martin Kippenberger, Michael Landy, Hanna & Klara Liden, Nate Lowman, Sarah Lucas, Ana Mendieta, Henri Michaux, Reinhard Mucha, Bruce Nauman & Frank Owen, Michelangelo Pistoletto, Rob Pruitt, Steven Shearer, Roman Signer, Agathe Snow, Rudolf Stingel, Rosemarie Trockel, Valie Export, H. C. Westermann, et des œuvres du Musée de Cluny – Musée National du Moyen Âge, Paris.

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