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Archive for the ‘Peinture’ Category

C’est une lumière mystique qui se décline dans les peintures de Jérôme Delépine. Cette lumière minimaliste, sublimant ses influences classiques, ne cherche a révéler pourtant un discours dogmatique. Sa peinture s’apparente d’avantage à ce que nous serions tenté d’appeler « une théologie négative mise en images », car le sens profond de ses images commence là où nous osons faire abstraction de ce qu’elles représentent. Le but étant simplement de nous plonger dans l’obscure clarté qui les fonde et les justifie.

Ne pouvant intégrer les Beaux-arts à cause d’une défaillance visuelle, il suivra des cours de peinture au sein de l’Académie de Port-Royal. Il avoue devoir sa vocation d’artiste à sa rencontre avec le peintre Eric Lepoureau en 1988. Inspiré du travail figuratif de Gustave Doré, Garouste, Picasso, Dalí et Daumier, Jérôme fait de sa défaillance visuelle un atout majeur, défiant son handicap dans les arts.

Tenant tête à ceux qui lui disaient que peindre n’était pas un choix possible pour lui, il ose partir à l’aventure de la toile et des pigments à l’huile. Sa motivation ne pouvant en n’être que renforcée, sa peinture est dès lors habitée par la recherche d’une lumière et d’un certain éclat « Je suis obsédé par la retouche, c’est à dire d’en enlever le plus possible. On peut m’appeler minimaliste, mais je pense que moins il y en a, mieux c’est. ». À un ami qui lui demandait ce qu’était l’art, Jérôme Delépine avait répondu : « L’art, c’est le doute ». Face aux interrogations que représentent la nature de l’Homme ou le sens de sa vie, l’œuvre de Delépine apporte une réponse toute en retenue : « Doutons de tout si nous le voulons, mais pas de nos émotions. »

Depuis ses premières expositions en 1998, on peut voir régulièrement son travail au Salon de MamMuti (La-Flotte-en-Ré), à la Galerie Australe (Saint-Denis de la Réunion) et, en permanence, à la galerie Au-delà des apparences (Annecy). Les œuvres de Jérôme Delépine signent une humilité divine, qui forcent respect et admiration ; une belle façon de trouver la lumière en ces temps quelque peu assombris…
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Il y a eu de tout temps des artistes innovants dans leurs techniques et dans leur exploitation. Particulièrement ancré dans son époque Philippe Cognée  fait partie de ces alchimistes contemporains qui transcendent les matières de notre quotidien en pierre philosophale.

Philippe Cognée a vécu au Benin, il vit et travaille depuis 1974 à Nantes où il s’est établit après avoir fait ses études d’art. C’est avec des sculptures de bois taillé et des peintures aux sujets mythologiques qu’il commence ses premières expositions au début des années 80. Mais il prend un virage décisif dans sa démarche artistique dans les années 90 en exploitant les technologies photographiques, l’outil vidéo et l’écran. Par ce moyen original, la lentille lui fournit une source d’images illimitée qu’il diluera frénétiquement dans ses nombreuses potions magiques. Le support du bois et de la toile en seront le chaudron de cuisson.

Ses sujets sont issus de la banalité du quotidien, des lieux urbains et de l’architecture contemporaine. Des moments presque vides qu’il transcende en instants troubles, et fait du sujet de premier plan un paysage vague et presque indéfinissable. Il a pour cela une technique bien particulière qui consiste à ‘geler’ l’image issue de photos et vidéos qu’il projette sur un support. Ce spectre est alors redéfini avec une peinture à base d’encaustique (mélange de cire d’abeille et de pigments). Le résultat est liquéfié et totalement déformé par une seconde étape : un film plastique recouvrant l’œuvre et subissant le passage du fer à repasser, fait  fondre la fameuse cire. Il résume ce résultat comme « la confusion entre le dessous et la surface toujours sensible aux descriptions de nos rapports avec la substance, la boue, l’indistinct avant la forme ». Cette objectivité déformée par ces images piégées et disloquées dans une vision glacée, cristallisée et fondue, glisse sous notre regard et anéantit la réalité. Une sensation de buée et de brouillard nous enveloppe. Par moment, c’est la chaleur qui semble faire fondre des villes entières, sous le poids écrasant d’une lumière crue et stérile.

Les réminiscences d’endroits, d’habitude familiers, nous semblent alors totalement étrangers, comme surgissant d’un film de science-fiction. C’est une hallucination futuriste à contre-temps qui inverse nos repères. Un futur, espace de jeu, qui définit parfaitement notre sorcier de l’image : la rumeur voudrait que Philippe Cognée utilise depuis peu des images satellites de Google Earth… De quoi nous immerger dans le flou plus que gigantesque d’un ‘retour vers le futur’ bien singulier.

Vous pouvez, jusqu’au 5 février 2012, entamer votre voyage avec lui au Hangar à Bananes de Nantes.
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Takashi Murakami est l’un des artistes les plus chers du monde et sa popularité est telle que tout les projets les plus délirants lui sont permis. Nous n’avons pas oublié ses fleurs géantes au sourire béat et ses peluches Kawai (mignon en japonais) investirent les Grands Appartements et la Galerie des glaces du Château de Versailles en septembre 2010, transformant le site hautement historique en un parc multicolore et acidulé et nous offrant un voyage chez le Roi Soleil sous LSD. Suscitant une grande polémique à l’époque et soulignant la question du contraste entre l’art classique du patrimoine historique confronté à l’art contemporain, cette exposition résume quoi qu’il en soit la parfaite indépendance d’esprit et d’action de ce monumental artiste japonais de 49 ans, qui rêvait avant tout d’être réalisateur de dessins-animés.

Son parcours commence en 1986 par son inscription à un cours de peinture traditionnelle Nihon-Ga issue de la traduction picturale japonaise et du courant Edo puis par une  formation de cinq ans à l’Université des Beaux Arts et de Musique de Tokyo. Il fonde le studio de production Hiropon Factory en 1995 (aujourd’hui rebaptisé Kaikai Kiki Corporation) qui lui permet de soutenir certains artistes japonais et de  commercialiser les produits dérivés de son art. Il se démarquera particulièrement par la suite dans des collaborations de renom comme avec Louis Vuitton en 2004, Kanye West en 2007 et Britney Spears. Bref, personne ne lui résiste et lui même ne résiste jamais à la jouissance du parfum  de scandale et de provocation qu’il sème allégrement derrière lui.

Considéré comme le créateur de la théorie dite du Superflat (néo pop), parfait héritier d’Andy Warhol, Takashi serait presque éclipsé par son art si démesurément hallucinogène. Ses œuvres sont une fusion de multiples références iconographiques et culturelles, passant par les mangas, le cinéma, la tradition et les possibilités qu’offre la technologie actuelle. Les sous entendus provocants sont légions et les ironies sont nombreuses dans son travail. La présence de sperme, de personnages débiles et écervelés, drogués et absurdes fait l’apologie d’un discours profond divisé en plusieurs niveaux de lecture : critique du fanatisme, de la société de consommation, de la culture populaire et du phénomène de syncrétisme qu’il impose par le paradoxe de sa propre popularité.

Takashi Murakami rend hommage cette année au bleu d’Yves Klein à l’occasion de l’exposition « Homage to Yves Klein » à la Galerie Perrotin de Paris jusqu’au 7 janvier 2012 . À ce propos l’artiste déclare : « Je pense que l’on s’accorderait à dire que la couleur est l’un des éléments les plus importants de mon travail et quand on observe la vie de Yves Klein, la raison devient éclatante, palpable. La couleur est comme le bouddhisme Zen au Japon, un outil qui peut instantanément guider chacun vers un monde extérieur à soi, qui nous échappe. J’aimerais dédicacer cette exposition à l’artiste qui a le plus passionnément poursuivi cette quête de la couleur. »

Si Takashi a de la malice plein les yeux, c’est pour mieux vous en mettre pleins les mirettes. À consommer donc sans modération et avec jubilation !

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Il flotte dans l’air un parfum d’illusion avec Stephan Balleux. Son travail porté sur la perception picturale nous embarque dans un tour de prestidigitateur où les êtres et les choses apparaissent ou disparaissent, selon notre angle de vue.

L’artiste, né en 1974, sorti de l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles et de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts d’Anvers, vit et travaille désormais à Berlin et expose un peu partout dans le monde, notamment à Bruxelles, Paris et également en Chine.

Son langage s’articule autours du concept du « médium de la communication ». Une image de la mémoire collective sera sujette à un détournement, une transformation et une mutation picturale qui sèmera alors un trouble, une sensation de flou ou une apparition, victime de dédoublement de la personnalité. La source peut être une de ses propres toiles redéfinie et transformée à l’infini, se retrouvant alors être l’objet de sa propre dénaturation, ainsi que  des images d’art ancrées dans  l’histoire et la société.

Ses tours de ‘passe-passe’ nous immergent dans un univers à plusieurs dimensions. La peinture n’est plus une surface plane mais un mouvement, une association d’images,  une succession de métamorphoses sombres et oniriques. Sujet que l’on a retrouvé  fortement dans l’une de ses dernières expositions; « Cipher », à Paris en 2008, à la galerie Think.21. Dans cette série d’œuvres, les figures décomposées se construisent, paradoxalement, une identité propre et nous poussent à nous questionner sur les possibilités cachées de la vision frontale d’une œuvre.

Longtemps concentré sur une palette de couleurs, aujourd’hui Stephan Balleux approfondit la magie du noir et blanc pour nous inquiéter un peu plus et faire de ses tableaux la véritable vision d’un univers parallèle, multidimensionnel, où se mélangent les époques et les identités.

Les choses vont et viennent, les visages se métamorphosent en d’autres visages et nous plongent dans une mise en abîme envoûtante et vaporeuse. Stephane Balleux est un magicien et nous, le lapin, qu’il sort de son chapeau.
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Instantanément saisis par la présence de ces personnages, déformés et tourmentés, c’est une véritable force d’expression et une parfaite maîtrise des émotions qui se dégagent des acryliques d’Annie Kurkdjian. Jouant sur des fonds souvent monochromes, celle-ci développe autour d’eux, une dialectique bien particulière, entre vision de l’autre et représentations existentielles. Nés de son travail acharné et tout droit sortis de son subconscient, ces monstres dévorés et dévorants nous parlent dans un langage sombre et angoissé, qui tend à la folie.

Cette représentation de la fragilité est tout à l’image de cette artiste libanaise, qui, après avoir vu son père mourir sous les balles à Beyrouth, se dirige vers les Beaux Arts tout en étudiant la psychologie et la théologie. En quête d’un exutoire au contexte de violence qui sévit dans son pays comme en elle-même, elle confie : « C’est peut être l’absence si soudaine de mon père, qui m’incita à travailler avec un tel acharnement à trouver un langage. Je devais trouver un moyen pour protéger, transformer la douleur et ressusciter. Non seulement pour les victimes mais aussi pour les bourreaux. »

On l’aura compris, pour Annie, peindre est une question de survie. C’est au cours d’un stage en psychiatrie que sa vocation se peaufine, s’inspirant de l’authenticité et de la sincérité qu’elle découvre dans les dessins des psychotiques et des schizophrènes. Elle transpose alors ses propres fantasmes en élaborant des sujets choisis pour leur potentiel symbolique et fait de cette fragilité une force.

Au travers de sa production, se déclinent des orifices béants, des sexes bizarrement réduits, des seins coupés, des bras avalés, des hommes figés en suspension semblant attendre la délivrance d’une rédemption, des femmes ouvrant leur intimité à une assemblé d’hommes horrifiés, une mère dévorée par son enfant, des têtes se dévissant et des corps se tordant dans un silence de mort, hors du temps mais sans oublier d’y ajouter une pointe d’humour noir, salvatrice et indispensable. Ces thèmes de mort, d’angoisse, d’enfermement mentale, d’autodestruction, de solitude ou de dédoublement de la personnalité, représentés dans ses œuvres, sont « tous ces signes émotionnels que nous lancent ceux qui en souffrent et auxquels nous sommes bien souvent aveugles, enfermés nous mêmes dans notre propre solitude. »

Entre expressionnisme et surréalisme, Annie Kurkdjian nous suggère alors de contempler tous ces signes, sans fioritures ni effusions ; un regard authentique qui reflète nos propres émotions et nous avale, littéralement.

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