Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Danse’ Category

Sandra Abouav, chorégraphe de la compagnie METAtarses présente « HÉLICES » vendredi 15 et samedi 16 juin au Point Éphémère. Nous l’avions rencontrée en février dernier lors de son passage à La Loge avec la pièce « SLIDE-se révolutionner ». Aperçu d’un échange fleuve et passionnant.

Des modèles et des influences

J’ai découvert le travail d’Hervé Diasnas avec le solo « Naï » (vu à Poitiers il y a six ans environ). Quand j’ai décidé de faire mon solo « SLIDE », son fantôme m’accompagnait, parce qu’il est dans une expression des passions et se situe sur deux partis pris. Le premier consiste à ponctuer l’espace par des contraintes et rendre visible des domaines différenciés sur la scène (une conception qui façonne mon écriture). Il est capable de faire une danse des mains très articulée, minimaliste, subtile, mais aussi dé déployer une grande énergie. C’est son deuxième parti pris : son rapport à la dépense, à la physicalité vraiment accrue que j’aime beaucoup.

A la même période, j’ai vu ce que faisait Odile Azaguri. Elle met en scène quelque chose de l’ordre de la folie humaine, une décadence de vie qui nous plonge dans l’humain et ses ambivalences. Ce qu’elle propose n’est pas du tout binaire, c’est une sorte de dérive du collectif sur l’individu. Il y a quelque chose de cet ordre là qui m’a beaucoup plu quand j’ai rencontré ce travail. Elle est d’origine marocaine et travaille aussi sur l’idée de l’exil, sur la culture que l’on amène avec soi, qui est déposée dans le corps et qui peut se manifester dans l’ailleurs. Chez elle aussi, j’apprécie la dépense physique de la danse, l’idée que quelque chose de fort se joue sur scène. Ce que je fais est antinomique avec la non-danse ou de la contredanse.

J’aime aussi beaucoup Christine Gérard, pour son rapport à l’improvisation, sa capacité à nous mettre dans un état d’hyper sensibilité. Et il y a Dominique Dupuy : un totem vivant, une bibliothèque vivante, dans ce qu’il transmet de son rapport à l’espace. Je me sens « héritière » – bien que je n’ai pas été son élève unique et qu’il n’a pas été mon maître au sens où il n’y a pas eu de transmission privilégiée. Je me sens comme chargée d’une responsabilité vis-à-vis de son travail, notamment en ce qui concerne sa conception de l’espace, empruntes de principes orientaux. Selon lui, l’espace est déjà peuplé de mouvements, et le corps, en traversant ce champ de mouvements présents mais imperceptibles, les rend visibles. Le mouvement existe déjà, il suffit au corps de s’insinuer à l’intérieur : le corps n’est qu’un vecteur du mouvement déjà existant. Cette idée me plait beaucoup. C’est aussi ce que dit Mary Wigman lorsqu’elle parle des petites mains extérieures et invisibles qui la déplacent, qui bougent son corps. Ce qui me plait dans cette notion de l’espace, c’est qu’il y a une forme de déresponsabilisation. Tu te décentres, tu t’en remets à l’espace, à l’écriture que tu fais de l’espace, pour voir émerger la danse.

Le travail de Sandra Abouav : quelques fondamentaux

ESPACE
Le rapport à l’espace est fondateur. Il y a des gens qui dansent plutôt sur place, même si en danse contemporaine, cela a été un peu balayé… Je suis dans l’idée d’être au cœur du monde et d’être plongée, immergée dans un espace.

CÉLÉBRATION
J’aime aussi beaucoup l’idée  de réenchanter le quotidien, de la célébration. Quelque soit le projet, il y a toujours pour moi l’envie d’une célébration de la vie, de l’humain, quelque chose qui le porte au sublime. Comme une gloire à cette vibration de la respiration, de la pulsation : je suis très attachée au rythme. J’aime penser à un corps qui serait encore païen, surtout au XXIe siècle. Un corps qui se reconnecterait avec le sacré, le spirituel dans un rapport au temps immémoriel ; c’est probablement une conception plus orientale qu’occidentale. Que l’on soit face à un solo ou à une danse de groupe, j’aime l’idée que l’on puisse avoir accès à l’individu dans sa mythologie intime. C’est-à-dire qu’il y a des rituels intimes, des choses auxquelles on n’a pas accès directement, qu’il faudrait décrypter.

SÉMIOTIQUE
Je considère que la danse se situe entre le signe et le symbole : qu’il y ait des choses qui fassent signe, comme l’écriture, qui laisse peu de place à l’ambivalence, et la danse plus liée au symbole, qui lui, au contraire est vraiment chargé, avec des connotations très différentes. Dans mon travail, j’essaie de toujours flirter entre les deux.

MÉTAMORPHOSE
Ce qui me plait aussi, c’est de pouvoir me glisser dans des peaux différentes. Comme dans mes rêves d’enfant. Avec l’idée du travestissement, mais aussi (surtout) celle de changer de peau : de pouvoir passer à l’animalité, de pouvoir jouer avec sa propre peau. La métamorphose, c’est mon cheval de bataille ; et « SLIDE », c’est vraiment la recherche du comment  glisser d’une situation à une autre, comment aller jusqu’au bout d’une expérience que l’on peut faire avec une peau particulière, et comment la mue, la mutation même est impérative pour continuer.

FAIRE DE LA SCÈNE UN LIEU DE QUESTIONNEMENT
Sans pour autant qu’il y ait un message, ce que je considère comme le pire écueil du spectacle vivant (« Quel est votre message ? » « Qu’est ce que vous voulez dire ? »). Je fais quelque chose qui dit quelque chose, mais moi, je ne veux rien dire. Et j’aime pouvoir semer du trouble : par l’illusion d’optique, l’illusion temporelle, par la déformation du corps… quelque chose qui dérange, qui déplace.

VIDÉODANSE
De manière plus pragmatique, dans mon travail, la collaboration avec Vincent Cespedes est essentielle. Ensemble, on réalise beaucoup de vidéodanses. Il filme et m’amène des musiques à explorer. Il y a vraiment un lien particulier entre la musique et la danse. C’est une rencontre qui amorce un évènement, et Vincent, dans sa philosophie, définit l’évènement comme une source d’émotion. Il y a évènement quand il y a émotion. Le mouvement c’est de l’émotion. Comme disait Merce Cunningham, ce n’est pas la peine de surenchérir, le corps en mouvement est déjà très expressif. L’idée est donc de tisser des intentions pour parvenir à l’émotion, d’atteindre et d’impliquer le spectateur, de le questionner, de le déplacer. Cette conception vitaliste est également très présente dans la philosophie de Vincent Cespedes : on parle de la brèche de la vie.

ANTENNES
Quand je donne des cours, j’utilise souvent le mot « antenne ». On a des antennes au bout des doigts : c’est assez évident et commun comme image. J’avais fait un stage avec une danseuse de butô,  Sumako Koseki, qui parlait de la « pixellisation du corps ». Elle avait recours à ce terme technologique virtuel pour parler du corps, et je trouve ça drôle. Pixeliser le corps, le mettre en haute définition, essayer de rendre visible chaque parcelle du corps dans un rapport hyper sensible à l’espace. Cela me touche beaucoup et me renvoie à une idée de Déborah Hay :  faire comme si chaque cellule du corps se rendait consciente de l’espace dans lequel elle se projette. Ne pas avoir un corps bloc, mais un corps réflexif et réceptif à l’espace qui l’entoure, comme si les cellules du corps grouillaient… J’aime bien l’idée que le corps soit une matière grouillante.

À découvrir : HÉLICES, 15 et 16 juin au Point Éphémère.

En résidence au Point Éphémère en mai du 14 au 27 mai avec le projet « HÉLICES »,  nous présenterons une première étape de travail dans le festival « Les petites formes décousues » les 15 et 16 juin (tous les résidents du Point Éphémère y présentent leur travaux). Je travaille de nouveau avec Vincent Cespédes qui m’accompagne autant en musique qu’en philosophie. Dans « HÉLICES », il y a une thématique pré-explorée dans « SLIDE » : le passage du mécanique à l’organique. Il s’agit ici d’explorer comment on perd de vue l’humain parce que l’on se « machinise » on se « routinifie », et comment on brise ses chaînes pour retrouver le rapport à l’humain, au vibrant.

Il y a ces deux idées dans l’hélice et c’est ce qui me passionne : c’est à la fois une forme qui est fabriquée industriellement pour générer de la propulsion, mais ça désigne aussi l’hélice organique qui est présente dans la construction de beaucoup de structures vivantes. Nos muscles sont en spirales, la double hélice de l’ADN est aussi une image. De quelle hélice va-t-on parler ? Quel est ce symbole que l’on va convoquer ? Pour le savoir, rendez-vous vendredi 15 juin et samedi 16 juin au Point éphémère pour découvrir la première étape de travail de « HÉLICES », dans le cadre des Petites formes décousues.
.

Read Full Post »

Bi-portrait Jean-Yves, de Mickaël Phelippeau, avec Mickaël Phelippeau et Jean-Yves Robert, Théâtre de la Condition des Soies, Festival OFF d’Avignon, du 8/07 au 31/07/2011.

.

(c) Aldo Abinante

« Démarche photographique conçue comme prétexte à la rencontre » c’est ainsi que Mickaël Phelippeau décrit le concept de bi-portrait. C’est à partir de cette rencontre et d’une série de portraits que le chorégraphe a créé les pièces bi-portrait Jean-Yves ou bi-portrait Yves C., qui sont comme des mises en danse de l’essentiel des échanges avec les personnes « bi-portraitées ». Ici, il s’agit de Jean-Yves Robert, prêtre de l’Église de Bègles.

Dans la salle ronde du Théâtre de la Condition des Soies, au milieu de ses murs de pierres ancestraux, est suspendu un écran. Une succession de plans fixes de Jean-Yves, de dos, y sont projetés, en silence, dans divers décors et situations (dans la nature, avec des gens, dans un supermarché…). Puis, ce dernier et Mickaël entrent en scène, tout deux vêtus à l’identique : t-shirt jaune (couleur emblématique du chorégraphe pour des raisons non encore élucidées), jean, chaussures noires et chaussettes jaunes (honneur au souci du détail !). Ils s’installent tranquillement sur le plateau : allongés sur le ventre la tête vers le fond de scène. Ils coordonnent leur respiration en silence, puis entonnent un chant très solennellement, à la manière des chants d’église a capella, qui se révèlera en fait être un gros tube Like a Prayer de Madonna (« When you call my name, it’s like a little prayer, down on my knees I wanna take you there… »). Le ton est donné : référence populaire interprétée avec un immense sérieux et dans une position déconcertante ; c’est subtilement drôle, humble et inattendu. Le chant fait ensuite place à une discussion entre les deux hommes : le chorégraphe pose des questions apparemment pragmatiques sur leur corps dans l’espace : « Es-tu à l’aise dans cette position ? » « Comment positionnes-tu ton corps lors des offices ? ». Cette succession de questions fera place à un échange de commandes d’action entre le chorégraphe et l’homme de foi. Ils s’exécutent, dans un immense respect mutuel, qui inspire la plus grande bienveillance. Surprenante proposition donc, qui déplace certains a priori que l’on pourrait avoir, et replace le corps dans la pratique spirituelle et la spiritualité dans la pratique corporelle. En tous cas, qui repose avec légèreté et finesse la question des liens corps / esprit.

Pour voir bi-portrait Jean-Yves en région parisienne, rendez-vous le 18/10/2011 à  Paris à Micadanses et le 5/11/2011 à Chelles, Les Églises, centre d’art contemporain.

Read Full Post »

Petit projet de la matière – Anne Karine Lescop, Odile Duboc et Françoise Michel.

L’histoire débute en 1993, avec la création du Projet de la matière, pièce chorégraphique d’Odile Duboc et Françoise Michel, aujourd’hui  emblématique  dans l’histoire de la danse des dernières décennies. Odile Duboc avait créé avec ses danseurs un vocabulaire de mouvements basé sur la mémoire de leurs sensations.  Elle traversait avec eux des expériences de corps au contact de différentes matières : bouger sur des matelas d’eau ou des coussins d’air, écouter le crépitement du feu… Projet de la matière est né de ces traversées sensorielles.

Anne-Karine Lescop, danseuse et chorégraphe, faisait partie de la création en 1993. Elle en a profondément été marquée, et a décidé de re-créer cette pièce en la faisant interpréter par des enfants. Elle commence à élaborer ce projet avec Odile Duboc peu avant que celle-ci ne décède (en mai 2010). Ce travail de transmission prendra par conséquent la teinte d’un hommage à cette grande figure de la danse contemporaine française. Il soulève la question de la durée de vie des œuvres du spectacle vivant. Comment la transmission peut faire continuer à exister une œuvre ? Et quelle est la nature de cette transmission ? Ici, une chose est certaine : ce qui a voulu être transmis, c’est bien plus le processus de travail, cette recherche des mouvements qui viennent de la mémoire des sensations, plutôt qu’un enchaînement précis de déplacements et de mouvements.  La force symbolique de la transmission de cette pièce à de jeunes générations est évidemment puissante.

Pour l’édition 2011, le festival des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis a accueilli le Petit projet de la Matière. Deux classes d’école primaire des villes de Bagnolet et de Montreuil ont été réunies, et ont pendant toute l’année scolaire œuvré à ce projet avec Anne-Karine Lescop et Bruno Danjoux (également danseur dans la pièce originale). Le processus de création de la pièce basé sur l’expérimentation a été mis en place pour les enfants, qui se sont plongés dans ce travail si particulier durant de nombreuses heures d’ateliers.

Pour ces derniers enfants, c’est la découverte d’une autre manière de travailler, de se concentrer, de se dépasser. Etre à l’écoute de son corps et de ses sensations, développer sa sensibilité, être attentif et réceptif à son environnement et œuvrer collectivement pour faire aboutir un projet : un programme qui contribue largement à l’épanouissement de chacun comme futur citoyen.

Lorsqu’elle a traversé ses expériences sensorielles dans les années 90, Anne-Karine Lescop raconte qu’elle a retrouvé des sensations de son enfance. Transmettre cette pièce à des enfants apparaissait alors comme une évidence pour lui faire prendre une dimension nouvelle.

Les 26, 27 et 28 mai derniers, les petits bagnoletais et montreuillois  se sont produits sur le grand plateau du Nouveau Théâtre de Montreuil dans des  conditions professionnelles. Sur scène, on découvre le décor tel qu’il était à l’époque : baigné d’une lumière douce, l’espace est jonché de « baleines » (sorte de pouf géant) et de ces petits êtres en costumes blancs. C’est comme si les corps et la scénographie avaient le même statut : ce sont des masses, des choses déposées. Les corps s’intègrent complètement dans le décor, ils en épousent les formes et les densités.

Le mouvement apparait progressivement : les danseurs, sont ponctuellement traversés par une impulsion qui s’amplifie peu à peu. Elle en fera décoller certains de ces postures d’abandon, pour être comme transportés par une force extérieure : on imagine dans l’eau un courant capricieux qui tantôt caresse les éléments, tantôt les violente. Alors, les corps roulent au sol et se redressent  à plusieurs reprises. Ils ne tentent pas d’échapper à ce courant, ils le subissent naturellement.

Bien que l’on puisse apposer des images sur ce qui se passe sur le plateau, on est dans un espace temps abstrait et flottant.  Les jeunes interprètes nous emmènent dans cet ailleurs qui ne raconte pas d’histoire mais qui dit l’essentiel du sentir. Les qualités de leur mouvement évoquent tantôt la légèreté, le crépitement, le liquide, le lourd. Ils traversent différents états avec une puissance et une précision impressionnantes. Toute cette mémoire de sensations se déploie devant nous, et l’on perçoit les poids qui s’abandonnent délicatement les uns aux autres, et se ressaisissent : poésie sensible des corps comme substance.

La justesse de Petit projet de la Matière est d’autant plus saisissante si l’on considère que les enfants, pour la plupart, n’avaient jamais dansé. On peut les emmener très loin dans le travail : l’abstraction et retour aux sensations pures des matières sont bien plus accessibles au plus jeunes que l’on ne pourrait le penser.

Anne-Karine Lescop travaille actuellement avec des enfants avignonnais et vous pourrez découvrir ce spectacle les 6, 7 et 8 juillet dans le cadre de l’édition 2011 du Festival d’Avignon.

Read Full Post »

Les hommes scotchés – Cie Mi-Octobre

Les hommes scotchés – Cie Mi-Octobre

C’était le 3 avril au Point Ephémère, dans le cadre du festival Les Plans d’avril. Cela fait plusieurs années (depuis 2008) que cette compagnie de danse contemporaine propose cette performance. Orchestrée par Serge Ricci et Fabien Almakievicz, Les hommes scotchés ont plus souvent surgis en plein air, dans des rues ou des parcs.

Cette fois-ci, c’est entre quatre murs qu’ils se sont déployés. Du coup, lorsque l’on est entré dans la salle, ils étaient déjà là : ces bonhommes de papier journal, deux grands et trois plus petits, jonchaient le sol. On s’installe, on les observe, on les intègre au paysage de ce plateau.

Action : deux personnes sortent de la régie et les mettent debout avec la froideur méthodique des techniciens efficaces. Ils choppent ces blocs de papier scotché et les redressent d’une traite, cherchent l’équilibre quelques secondes, et quittent le plateau comme ils y sont entrés. Ils les laissent là, plantés.

Ils ont quelque chose de comique, ces hommes scotchés, avec leur silhouette en étoile à cinq branches. Ils sont comme des dessins d’enfants qui auraient pris taille humaine. On les observe et on distingue des micro mouvements qui s’amplifient. Une légère impulsion de bras, d’abord, puis une tentative de déplacement : la sculpture de papier bascule sensiblement d’avant en arrière, manque de perdre l’équilibre, se rattrape. Ouf ! grosse émotion dans la salle, tout le monde a retenu son souffle. Remuant de plus en en plus, on voit bientôt éclore la vie de ces drôles de structures. De ces cocons de papier journal s’extirpent des êtres étranges, entièrement couverts de lycras roses. On ne voit toujours pas de visage… juste ces deux corps, et une danse aveugle et téméraire qui se déploie : les deux êtres glissent, rampent, se portent. Parfois, ils enlèvent une couche de plus, et toujours pas de peau : une mue qui fait place à une autre.

Juste après la représentation, Fabien Almakiewicz, l’un des danseurs, est rouge écarlate et haletant. Il confiera, ayant repris ses esprits, que cette performance qu’il vient d’accomplir était probablement l’une des plus éprouvantes des Hommes scotchés.

La préparation déjà : « on enfile toutes ces couches (trois lycras, un t-shirt, un pantalon, plus la structure papier journal+scotch) on passe près d’une heure dans ce « costume » avant que ça ne commence. Il se passe beaucoup de choses à l’intérieur : émotionnellement et physiquement. »

Physiquement, Fabien évoque des douleurs dans le bras, le manque d’air. Emotionnellement, car l’enfermement amène une forme d’angoisse. On perd ses repères auditifs et visuels.

« Et puis s’ajoute l’angoisse que ça ne fonctionne pas » ah… et comment est-ce que cela fonctionne ? « Il faut trouver la porosité, être sensible à l’espace, aux lumières, à l’ambiance… il s’agit de saisir l’instant. Le but est en fait de trouver ou de créer du lien dans cet instant, de parvenir à ficeler quelque chose d’indéfinissable entre tous ces paramètres. Voilà, c’est ça aussi le scotch tout simplement : une métaphore de ces liens que l’on cherche. »

« Et puis on ne sait jamais comment ça va prendre fin. On sait qu’on va sortir, mais on ne sait pas quand. » C’est drôle… car en fait ils n’arrêtent pas de sortir dans cette performance : ils sortent du journal ils sortent de leur vêtements, ils sortent d’un lycra, puis d’un autre. Ils sortent de leur confinement, ils sortent d’un état de corps pour passer à un autre, et nous donnent à voir cette succession d’étapes, ce crescendo d’amplitude de mouvements et de déplacements, ces naissances successives…

Prochain rendez-vous scotchant : le 12 juin 2011 au Domaine de Chamarande dans l’Essonne. L’actu de la compagnie nous emmènera aussi dans un parc de Berlin, puis dans les rues de Mantes-la-Jolie… les infos sur www.cie-mioctobre.com

Read Full Post »

Vendredi soir, sur la glace de Fontenay-sous-Bois et dans le cadre de la 16ème Biennale de danse du Val de Marne, les Mossoux-Bonté ont chaussé les patins. Avec Migrations, la compagnie belge nous fait glisser dans une poésie inquiétante et énigmatique.

Je te fuis, tu me suis

Sur la glace, sept danseurs/patineurs simplement vêtus de manteaux sombres, se cherchent, se fuient, s’effraient. Lentement, ils s’attirent, se rassemblent, forment un groupe… et brutalement, le groupe se dissout. Il éclate, faisant place à des formes d’affrontement : six contre un, très souvent, les danseurs se défient, se tournent autour. On voit des prédateurs qui tenteraient de piéger leurs proies, mais celles-ci se dérobent soudain, prennent le dessus, et traquent ceux qui les menaçaient juste avant. Des situations qui se retournent tout le temps, mais une tension mêlée de confusion qui demeure et même grandit à mesure que l’on avance dans la représentation : d’où vient le danger ?

Les lumières baissent par pallier, à des moments qui semblent clés dans cette insaisissable intrigue de chassé-croisé. Chaque perte brutale de luminosité ajoute au mystère de ce qui se joue sur la glace, et fait monter la tension d’un cran.

Qui chasse qui ? Qui court après quoi ? Que fuient-ils ? Des questions qui restent en suspens… car ce qui importe ici, c’est plus d’installer une ambiance, des sensations, le sentiment de la fuite à tout prix. Les migrations sont un voyage de survie, pas de plaisance : le danger plane toujours pour les migrateurs… imprévisible, tout comme le déséquilibre qui sur la glace peut arriver sans prévenir.

La glace, la glisse : des possibilités de mouvements à exploiter

Les patineurs/danseurs de la compagnie Mossoux-Bonté expérimentent la glace, ce support sur lequel il est trop rare de voir autre chose que des compétitions sportives ou du grand divertissement. Pourquoi laisser les patinoires aux hockeyeurs et à Holiday on Ice ?

Nicole Mossoux, chorégraphe, explique que le projet Migrations « est né de l’envie de renouer avec le plaisir premier de la glisse, moins pour son aspect performant que pour sa capacité à rendre compte de nos cheminements, bouleversements, voyages intérieurs, arrachements, rêves de traversée immatérielle. »

Les possibilités de mouvements qu’offrent la glace et les patins se prêtent vraiment bien à l’esthétique sombre et mystique qui caractérise l’œuvre de cette compagnie danse/théâtre depuis plus de quinze ans.

Sur la glace, courir, s’arrêter, sauter, porter, glisser bien sur, le rapide, le lent, le haut, le bas, et même le sol : tout est possible, tout est différent, tout reste à explorer. Quel plaisir que ce médium soit enfin utilisé ! Il mériterait d’être exploiter par plus de compagnies de danse ou de théâtre, ceux pour qui le mouvement est le champ suprême de la recherche artistique.

Kitsou Dubois explorait l’apesanteur, plongeant ses danseurs dans l’eau, d’autres cherchent comment se mouvoir dans les airs, accrochés par des harnais… Odile Duboc et Françoise Michel pour le Projet de la matière (1993) faisaient traverser aux interprètes les sensations du feu, de l’air, de l’eau, pour que ces derniers les réinvestissent dans leurs mouvements… se mettre debout sur la glace quand on en a pas l’habitude, c’est retraverser des apprentissages premiers, sentir son poids, trouver l’équilibre.

Professionnels du mouvement, saisissez-vous de la glace, traversez ces bouleversements, ces déséquilibres, cet apprivoisement pour nous donner à voir des mouvements qui racontent encore et encore l’indicible sentiment du vivant.

Read Full Post »