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Archive for the ‘Vidéo’ Category

Il y a eu de tout temps des artistes innovants dans leurs techniques et dans leur exploitation. Particulièrement ancré dans son époque Philippe Cognée  fait partie de ces alchimistes contemporains qui transcendent les matières de notre quotidien en pierre philosophale.

Philippe Cognée a vécu au Benin, il vit et travaille depuis 1974 à Nantes où il s’est établit après avoir fait ses études d’art. C’est avec des sculptures de bois taillé et des peintures aux sujets mythologiques qu’il commence ses premières expositions au début des années 80. Mais il prend un virage décisif dans sa démarche artistique dans les années 90 en exploitant les technologies photographiques, l’outil vidéo et l’écran. Par ce moyen original, la lentille lui fournit une source d’images illimitée qu’il diluera frénétiquement dans ses nombreuses potions magiques. Le support du bois et de la toile en seront le chaudron de cuisson.

Ses sujets sont issus de la banalité du quotidien, des lieux urbains et de l’architecture contemporaine. Des moments presque vides qu’il transcende en instants troubles, et fait du sujet de premier plan un paysage vague et presque indéfinissable. Il a pour cela une technique bien particulière qui consiste à ‘geler’ l’image issue de photos et vidéos qu’il projette sur un support. Ce spectre est alors redéfini avec une peinture à base d’encaustique (mélange de cire d’abeille et de pigments). Le résultat est liquéfié et totalement déformé par une seconde étape : un film plastique recouvrant l’œuvre et subissant le passage du fer à repasser, fait  fondre la fameuse cire. Il résume ce résultat comme « la confusion entre le dessous et la surface toujours sensible aux descriptions de nos rapports avec la substance, la boue, l’indistinct avant la forme ». Cette objectivité déformée par ces images piégées et disloquées dans une vision glacée, cristallisée et fondue, glisse sous notre regard et anéantit la réalité. Une sensation de buée et de brouillard nous enveloppe. Par moment, c’est la chaleur qui semble faire fondre des villes entières, sous le poids écrasant d’une lumière crue et stérile.

Les réminiscences d’endroits, d’habitude familiers, nous semblent alors totalement étrangers, comme surgissant d’un film de science-fiction. C’est une hallucination futuriste à contre-temps qui inverse nos repères. Un futur, espace de jeu, qui définit parfaitement notre sorcier de l’image : la rumeur voudrait que Philippe Cognée utilise depuis peu des images satellites de Google Earth… De quoi nous immerger dans le flou plus que gigantesque d’un ‘retour vers le futur’ bien singulier.

Vous pouvez, jusqu’au 5 février 2012, entamer votre voyage avec lui au Hangar à Bananes de Nantes.
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Ses études de journalisme terminées à Utrecht, Erwin Olaf  se spécialise dans la photo de studio, de publicité et de mode, signant pour de grandes marques comme Nokia, Lewis ou Microsoft. Des marques de renom qu’il n’hésite pas à critiquer ouvertement dans sa série « Fashion Victims » faite en 2000, une série de photos chocs mettant en scène des modèles nus aux visages couverts par des sacs de marques exclusives comme Hugo Boss, Chanel, Armani, Gucci, YSL et Versace. Plusieurs fois récompensé pour son travail largement teinté d’humour noir et de provocation, Erwin Olaf est considéré comme l’un des artistes les plus innovants et controversés de sa génération. Fort d’une notoriété internationale et d’une carrière plus que riche et solide, ce photographe au travail cinglant et incisif est un véritable contre-pied aux références de l’art et à la sous-culture. Maniant les diverses stratégies de l’image pour dénoncer ses dérives commerciales, Olaf détourne les références, exploite les contraires et les contradictions dans une dérision plus qu’équivoque.

L’esprit suggestif et la volonté provocatrice d’Olaf se déclinent dans de nombreuses séries de photos mais aussi dans des vidéos, véritables bijoux visuels qui dissèquent un large panel de mouvements artistiques et de mœurs humaines :  la pornographie, la mode, les identités et les genres  sexuels, les minorités, le star système, la beauté, la laideur, les relations familiales, les différences et les attitudes culturelles établies. Dans une de ses dernières vidéos, « Séparation« ,  il analyse avec cynisme le quotidien familial et ses rôles bien définis par une société aseptisée et étroite. Toujours dans un soucis d’esthétisme extrêmement élégant et sophistiqué, le photographe reste néanmoins le grand signataire d’un satyrisme évident dispersé dans des séries d’images et de vidéos étranges, déroutantes ou mélancoliques, toujours sur ce fil qui sépare les tabous des conventions sociales.

Tout ces thèmes sont largement exploités dans un nombre important de séries photos et vidéos comme « Rain« , « Hope« , « Grief« , « Fall« , « Dawn« , « Dusk« , « Rouge » et « Hotel« , pour n’en citer qu’une poignée.  En outre, Olaf réalise aussi des clips, des documentaires et des courts métrages pour les enfants. Il a fait, entre autre, un certain nombre de clips vidéo d’artistes néerlandais, tel que Karin Bloemen et Paul de Leeuw.

Comme un pavé dans la marre, Olaf met un coup de pied dans la société. Et c’est lancé avec une élégance si impeccable que l’on ne peux que le suivre dans cet élan.

 

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Le thème Dead Line dont la série « Royal Blood » est exposée jusqu’en février 2012 à Berlin en ce moment même, au musée Heydt avec, entre autre, Jake et Dinos Chapman, Nick Cave et Nan Goldin. Vous pouvez également vous procurer les nombreux catalogues sur le site, dont le dernier et superbe « Vite Private« .

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À aujourd’hui 82 ans, Yayoi Kusama a déposé sa marque de fabrique unique et avant-gardiste : les petits pois.

Habitée par des hallucinations visuelles depuis l’enfance, elle reproduit ses visions colorées et sphériques dans des motifs récurrents et polymorphes. Sculptures, installations, dessins et vidéos, mais aussi des performances sur des corps humains comme en 1968 sur le pont de Brooklyn en protestation contre la guerre au Vietnam. À cette même époque elle produit un film avec Yuld Yalkut « Kusama’s Self-Obliteration » qui deviendra un film expérimental culte (voir sur youtube, parties 123).

Sa souffrance psychopathologique la pousse a se faire interner volontairement dans un hôtel psychiatrique à Tokyo, en 1973, et où elle demeure encore aujourd’hui. Elle se lance alors dans une production prolifique de dessins et rejoint le mouvement post-surréaliste japonais. Des métaphores sexuelles apparaissent dans ses œuvres, sous formes de sculptures et d’installations déclinées dans diverses matières comme le tissus ou les ballons.

En 1978, son roman autobiographique « Manhattan Suicide Addict » (disponible aux Presses du Réel) nous livre sa sensation de grande fragilité et du peu de légitimité du milieu artistique new-yorkais. C’est dans les années 80 que la reconnaissance commence à résonner pour Yayoi, Andy Warhol lui même se dit impressionné par ses principes sériels. Les expositions s’enchaînent. En France, Yayoi Kusama est reconnue comme une pionnière dans sa dimension performative et s’expose au Musée des Beaux-Arts de Calais puis de Dole.

Aujourd’hui cette petite femme aux petits pois pleins la tête continue de décliner son motif obsessionnel sur tous les supports issus de notre culture de masse : bus, téléphones portables, télévisions. Ses installations de miroirs gigantesques multiplient son « corps pois » à l’infini, pour nos yeux et la surface du monde.

Le Centre Pompidou à Paris propose jusqu’au 9 janvier 2012 une rétrospective de son œuvre.

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Pour inaugurer véritablement ce blog, notre première série de vidéos tournera autour du Pied de Biche, librairie-galerie située 86 rue de Charonne dans le 11ème arrondissement de Paris, qui a sorti jeudi dernier, le premier recueil de nouvelles de Michel Villar : « La Femme-Ciseaux« . Rencontre donc dans la semaine avec Tiffany Khalil, maîtresse des lieux, le canadien Louis Bouvier qui exposera du 16 septembre au 17 octobre prochain, Michel Villar et, pour ouvrir le bal, Alex Adieu qui a illustré cet ouvrage.

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