Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘photographie’

Photographe new-yorkaise de talent, Diane Arbus, particulièrement humaine et touchante, a contribué jusqu’à sa mort en 1971, à la révolution de l’art photographique avec des clichés très contemporains mais également une approche thématique tout à fait particulière.

En 1937, ayant seulement 14 ans, Diane Nemerov rencontre Allan Arbus. Ils se marient quatre ans plus tard et commencent alors ensemble une carrière de photographes de mode. Allan réalise les photographies, Diane tient le rôle de styliste et démarche les agences. Elle acquiert en 1956 son indépendance professionnelle et commence à faire des séries de portraits. C’est là que son âme prendra toute son ampleur sur le négatif. En effet, entre 1950 et 1960, Arbus arpente les rues de New York et saisit l’image des gens qu’elle y croise. Des gens du petit peuple, des paumés, des sales gueules, des nomades et des sdf, des originaux, parfois des célébrités, souvent des êtres hors normes. Des êtres coincés dans une norme familière qu’elle sait rendre extraordinaire en révélant toute leur excentricité, et cela dans une intimité troublante, enveloppée d’un voile de mystère. « Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez. » disait elle.

Son histoire photographique est une grande histoire de sensibilité. La relation qui unis dans l’instant la photographe et son sujet est frappante. Que ce soit dans les regards, les pauses, les moments ou les endroits, on retrouve à chaque fois cette sensation de connivence et de familiarité entre elle et ceux qu’elle photographie. Arbus est le témoin et le complice de son époque. D’elle, on connaît surtout les jumelles aux collants blancs, l’homme aux bigoudis et, comme une synthèse de son style, un gosse malingre protopunk jouant dans Central Park en 1962, une grenade en plastique à la main. Elle est fascinée par le monde du cirque, les individus fardés et travestis. Elle nous dévoile aussi une Amérique malade, déformée, handicapée et souffrante. Mais que ce soit dans le faste des plumes ou dans les quartiers pauvres de cette Amérique des années 60, Diane Arbus a toujours su tirer le plus divin et impliquer le spectateur dans l’image. « Je vois la divinité dans des choses ordinaires », et c’est cette divinité profondément humaine qui nous touche particulièrement chez elle, nous amenant à nous pencher sur les identités et les apparences.

Diane Arbus consacra les derniers mois de sa vie à une longue série réalisée dans des hôpitaux psychiatriques, publiée après sa mort, sous le titre Untitled. Souffrant alors d’une grave dépression, elle mettra fin à ses jours le 26 juillet 1971, à Greenwich Village, en avalant des barbituriques et en s’ouvrant les veines.

Elle nous a laissé son regard, reflétant celui des autres, et le votre aussi, peut-être, quelque part… Une grande rétrospective lui est consacrée jusqu’au 5 février 2012 à Paris au Jeu de Paume.
.

Read Full Post »

Il y a eu de tout temps des artistes innovants dans leurs techniques et dans leur exploitation. Particulièrement ancré dans son époque Philippe Cognée  fait partie de ces alchimistes contemporains qui transcendent les matières de notre quotidien en pierre philosophale.

Philippe Cognée a vécu au Benin, il vit et travaille depuis 1974 à Nantes où il s’est établit après avoir fait ses études d’art. C’est avec des sculptures de bois taillé et des peintures aux sujets mythologiques qu’il commence ses premières expositions au début des années 80. Mais il prend un virage décisif dans sa démarche artistique dans les années 90 en exploitant les technologies photographiques, l’outil vidéo et l’écran. Par ce moyen original, la lentille lui fournit une source d’images illimitée qu’il diluera frénétiquement dans ses nombreuses potions magiques. Le support du bois et de la toile en seront le chaudron de cuisson.

Ses sujets sont issus de la banalité du quotidien, des lieux urbains et de l’architecture contemporaine. Des moments presque vides qu’il transcende en instants troubles, et fait du sujet de premier plan un paysage vague et presque indéfinissable. Il a pour cela une technique bien particulière qui consiste à ‘geler’ l’image issue de photos et vidéos qu’il projette sur un support. Ce spectre est alors redéfini avec une peinture à base d’encaustique (mélange de cire d’abeille et de pigments). Le résultat est liquéfié et totalement déformé par une seconde étape : un film plastique recouvrant l’œuvre et subissant le passage du fer à repasser, fait  fondre la fameuse cire. Il résume ce résultat comme « la confusion entre le dessous et la surface toujours sensible aux descriptions de nos rapports avec la substance, la boue, l’indistinct avant la forme ». Cette objectivité déformée par ces images piégées et disloquées dans une vision glacée, cristallisée et fondue, glisse sous notre regard et anéantit la réalité. Une sensation de buée et de brouillard nous enveloppe. Par moment, c’est la chaleur qui semble faire fondre des villes entières, sous le poids écrasant d’une lumière crue et stérile.

Les réminiscences d’endroits, d’habitude familiers, nous semblent alors totalement étrangers, comme surgissant d’un film de science-fiction. C’est une hallucination futuriste à contre-temps qui inverse nos repères. Un futur, espace de jeu, qui définit parfaitement notre sorcier de l’image : la rumeur voudrait que Philippe Cognée utilise depuis peu des images satellites de Google Earth… De quoi nous immerger dans le flou plus que gigantesque d’un ‘retour vers le futur’ bien singulier.

Vous pouvez, jusqu’au 5 février 2012, entamer votre voyage avec lui au Hangar à Bananes de Nantes.
.

Read Full Post »

Ses études de journalisme terminées à Utrecht, Erwin Olaf  se spécialise dans la photo de studio, de publicité et de mode, signant pour de grandes marques comme Nokia, Lewis ou Microsoft. Des marques de renom qu’il n’hésite pas à critiquer ouvertement dans sa série « Fashion Victims » faite en 2000, une série de photos chocs mettant en scène des modèles nus aux visages couverts par des sacs de marques exclusives comme Hugo Boss, Chanel, Armani, Gucci, YSL et Versace. Plusieurs fois récompensé pour son travail largement teinté d’humour noir et de provocation, Erwin Olaf est considéré comme l’un des artistes les plus innovants et controversés de sa génération. Fort d’une notoriété internationale et d’une carrière plus que riche et solide, ce photographe au travail cinglant et incisif est un véritable contre-pied aux références de l’art et à la sous-culture. Maniant les diverses stratégies de l’image pour dénoncer ses dérives commerciales, Olaf détourne les références, exploite les contraires et les contradictions dans une dérision plus qu’équivoque.

L’esprit suggestif et la volonté provocatrice d’Olaf se déclinent dans de nombreuses séries de photos mais aussi dans des vidéos, véritables bijoux visuels qui dissèquent un large panel de mouvements artistiques et de mœurs humaines :  la pornographie, la mode, les identités et les genres  sexuels, les minorités, le star système, la beauté, la laideur, les relations familiales, les différences et les attitudes culturelles établies. Dans une de ses dernières vidéos, « Séparation« ,  il analyse avec cynisme le quotidien familial et ses rôles bien définis par une société aseptisée et étroite. Toujours dans un soucis d’esthétisme extrêmement élégant et sophistiqué, le photographe reste néanmoins le grand signataire d’un satyrisme évident dispersé dans des séries d’images et de vidéos étranges, déroutantes ou mélancoliques, toujours sur ce fil qui sépare les tabous des conventions sociales.

Tout ces thèmes sont largement exploités dans un nombre important de séries photos et vidéos comme « Rain« , « Hope« , « Grief« , « Fall« , « Dawn« , « Dusk« , « Rouge » et « Hotel« , pour n’en citer qu’une poignée.  En outre, Olaf réalise aussi des clips, des documentaires et des courts métrages pour les enfants. Il a fait, entre autre, un certain nombre de clips vidéo d’artistes néerlandais, tel que Karin Bloemen et Paul de Leeuw.

Comme un pavé dans la marre, Olaf met un coup de pied dans la société. Et c’est lancé avec une élégance si impeccable que l’on ne peux que le suivre dans cet élan.

 

.
Le thème Dead Line dont la série « Royal Blood » est exposée jusqu’en février 2012 à Berlin en ce moment même, au musée Heydt avec, entre autre, Jake et Dinos Chapman, Nick Cave et Nan Goldin. Vous pouvez également vous procurer les nombreux catalogues sur le site, dont le dernier et superbe « Vite Private« .

Read Full Post »


Ahmad Shah Massoud © Jonathan Zabriskie

Read Full Post »

Chacun d’entre nous s’est, sans doute, demandé une fois dans sa vie ce qu’il sauverait des flammes si sa maison ou son appartement était ravagé par un incendie. Sur ce principe le blog The Burning House propose à chacun de montrer une photo de ce qu’il attraperait vite fait et enfournerait dans son sac, quelque en soit la raison (pratique, sentimentale, objets de valeur…). Le précieux trésor est agrémenté d’une fiche descriptive ou d’un texte de présentation, en plus de l’identité rapide du propriétaire. Une manière intéressante de découvrir ses contemporains à un instant donné, reflet de ce qu’ils sont, leurs préoccupations, leurs priorités… un peu partout sur la planète. Un portrait à découvrir chaque jour sur www.theburninghouse.com.

.

25 août 2011 : Daniel Smelansky, 14 ans, Boston (USA)

Read Full Post »

Ville sinistrée, Detroit, a poursuivi sa descente aux enfers, entre départs d’entreprises, industries en déclin et abandons de domicile. Les photographes Yves Marchand et Romain Meffre ont immortalisé, dans The Ruins of Detroit (Ed. Steil), certains de ces lieux (maisons, usines, etc.) comme autant de fantômes d’un passé bien présent, trouvant le beau dans ces ruines, reflets d’une misère grandissante.

Un ouvrage un peu cher, disponible en import, notamment sur Amazon. Mais vous pouvez également trouver deux autres livres sur le même sujet sortis à peu près à la même époque : Lost Detroit: Stories Behind Motor City’s Majestic Ruins de Dan Austin et Sean Doerr (Ed. The History Press) et Detroit Disassembled d’Andrew Moore (Ed. Damiani / Akron Art Museum).

Une série de photos de Ruins of Detroit est disponible sur le blog photo du denverpost.com.

Read Full Post »