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Posts Tagged ‘Mossoux-Bonté’

Vendredi soir, sur la glace de Fontenay-sous-Bois et dans le cadre de la 16ème Biennale de danse du Val de Marne, les Mossoux-Bonté ont chaussé les patins. Avec Migrations, la compagnie belge nous fait glisser dans une poésie inquiétante et énigmatique.

Je te fuis, tu me suis

Sur la glace, sept danseurs/patineurs simplement vêtus de manteaux sombres, se cherchent, se fuient, s’effraient. Lentement, ils s’attirent, se rassemblent, forment un groupe… et brutalement, le groupe se dissout. Il éclate, faisant place à des formes d’affrontement : six contre un, très souvent, les danseurs se défient, se tournent autour. On voit des prédateurs qui tenteraient de piéger leurs proies, mais celles-ci se dérobent soudain, prennent le dessus, et traquent ceux qui les menaçaient juste avant. Des situations qui se retournent tout le temps, mais une tension mêlée de confusion qui demeure et même grandit à mesure que l’on avance dans la représentation : d’où vient le danger ?

Les lumières baissent par pallier, à des moments qui semblent clés dans cette insaisissable intrigue de chassé-croisé. Chaque perte brutale de luminosité ajoute au mystère de ce qui se joue sur la glace, et fait monter la tension d’un cran.

Qui chasse qui ? Qui court après quoi ? Que fuient-ils ? Des questions qui restent en suspens… car ce qui importe ici, c’est plus d’installer une ambiance, des sensations, le sentiment de la fuite à tout prix. Les migrations sont un voyage de survie, pas de plaisance : le danger plane toujours pour les migrateurs… imprévisible, tout comme le déséquilibre qui sur la glace peut arriver sans prévenir.

La glace, la glisse : des possibilités de mouvements à exploiter

Les patineurs/danseurs de la compagnie Mossoux-Bonté expérimentent la glace, ce support sur lequel il est trop rare de voir autre chose que des compétitions sportives ou du grand divertissement. Pourquoi laisser les patinoires aux hockeyeurs et à Holiday on Ice ?

Nicole Mossoux, chorégraphe, explique que le projet Migrations « est né de l’envie de renouer avec le plaisir premier de la glisse, moins pour son aspect performant que pour sa capacité à rendre compte de nos cheminements, bouleversements, voyages intérieurs, arrachements, rêves de traversée immatérielle. »

Les possibilités de mouvements qu’offrent la glace et les patins se prêtent vraiment bien à l’esthétique sombre et mystique qui caractérise l’œuvre de cette compagnie danse/théâtre depuis plus de quinze ans.

Sur la glace, courir, s’arrêter, sauter, porter, glisser bien sur, le rapide, le lent, le haut, le bas, et même le sol : tout est possible, tout est différent, tout reste à explorer. Quel plaisir que ce médium soit enfin utilisé ! Il mériterait d’être exploiter par plus de compagnies de danse ou de théâtre, ceux pour qui le mouvement est le champ suprême de la recherche artistique.

Kitsou Dubois explorait l’apesanteur, plongeant ses danseurs dans l’eau, d’autres cherchent comment se mouvoir dans les airs, accrochés par des harnais… Odile Duboc et Françoise Michel pour le Projet de la matière (1993) faisaient traverser aux interprètes les sensations du feu, de l’air, de l’eau, pour que ces derniers les réinvestissent dans leurs mouvements… se mettre debout sur la glace quand on en a pas l’habitude, c’est retraverser des apprentissages premiers, sentir son poids, trouver l’équilibre.

Professionnels du mouvement, saisissez-vous de la glace, traversez ces bouleversements, ces déséquilibres, cet apprivoisement pour nous donner à voir des mouvements qui racontent encore et encore l’indicible sentiment du vivant.

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