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Posts Tagged ‘Japon’

Takashi Murakami est l’un des artistes les plus chers du monde et sa popularité est telle que tout les projets les plus délirants lui sont permis. Nous n’avons pas oublié ses fleurs géantes au sourire béat et ses peluches Kawai (mignon en japonais) investirent les Grands Appartements et la Galerie des glaces du Château de Versailles en septembre 2010, transformant le site hautement historique en un parc multicolore et acidulé et nous offrant un voyage chez le Roi Soleil sous LSD. Suscitant une grande polémique à l’époque et soulignant la question du contraste entre l’art classique du patrimoine historique confronté à l’art contemporain, cette exposition résume quoi qu’il en soit la parfaite indépendance d’esprit et d’action de ce monumental artiste japonais de 49 ans, qui rêvait avant tout d’être réalisateur de dessins-animés.

Son parcours commence en 1986 par son inscription à un cours de peinture traditionnelle Nihon-Ga issue de la traduction picturale japonaise et du courant Edo puis par une  formation de cinq ans à l’Université des Beaux Arts et de Musique de Tokyo. Il fonde le studio de production Hiropon Factory en 1995 (aujourd’hui rebaptisé Kaikai Kiki Corporation) qui lui permet de soutenir certains artistes japonais et de  commercialiser les produits dérivés de son art. Il se démarquera particulièrement par la suite dans des collaborations de renom comme avec Louis Vuitton en 2004, Kanye West en 2007 et Britney Spears. Bref, personne ne lui résiste et lui même ne résiste jamais à la jouissance du parfum  de scandale et de provocation qu’il sème allégrement derrière lui.

Considéré comme le créateur de la théorie dite du Superflat (néo pop), parfait héritier d’Andy Warhol, Takashi serait presque éclipsé par son art si démesurément hallucinogène. Ses œuvres sont une fusion de multiples références iconographiques et culturelles, passant par les mangas, le cinéma, la tradition et les possibilités qu’offre la technologie actuelle. Les sous entendus provocants sont légions et les ironies sont nombreuses dans son travail. La présence de sperme, de personnages débiles et écervelés, drogués et absurdes fait l’apologie d’un discours profond divisé en plusieurs niveaux de lecture : critique du fanatisme, de la société de consommation, de la culture populaire et du phénomène de syncrétisme qu’il impose par le paradoxe de sa propre popularité.

Takashi Murakami rend hommage cette année au bleu d’Yves Klein à l’occasion de l’exposition « Homage to Yves Klein » à la Galerie Perrotin de Paris jusqu’au 7 janvier 2012 . À ce propos l’artiste déclare : « Je pense que l’on s’accorderait à dire que la couleur est l’un des éléments les plus importants de mon travail et quand on observe la vie de Yves Klein, la raison devient éclatante, palpable. La couleur est comme le bouddhisme Zen au Japon, un outil qui peut instantanément guider chacun vers un monde extérieur à soi, qui nous échappe. J’aimerais dédicacer cette exposition à l’artiste qui a le plus passionnément poursuivi cette quête de la couleur. »

Si Takashi a de la malice plein les yeux, c’est pour mieux vous en mettre pleins les mirettes. À consommer donc sans modération et avec jubilation !

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Tokujin Yoshioka est né dans l’île de Kyu Shu, au Japon en 1967. Il est diplômé de l’école de design Kuwasawa à Tokyo en 1986. Cette même année, il rejoint l’artiste designer Shiro Kuramata et travaille pour le célèbre créateur Issey Myake. Il devient free lance en 1992 et crée son propre studio de design.

Son travaille se décline de l’ameublement aux installations, passant par l’architecture et le design pour de grandes marques prestigieuses : Shiseido, Muji, Nissan, Hermes, BMW, Peugeot, Cartier, et offre à leurs produits un écrin de lumière et la mise en valeur élégante de leur savoir faire.

Dans son art personnel, la lumière, la transparence, la pureté et le blanc sont ses sujets de prédilection. Dans ses installations, les reconstitutions de phénomènes naturels et célestes touchent à l’éblouissement. Des cristaux et des fibres, des particules fines et des matières transparentes illuminent et emplissent des espaces immaculés. Dans l’exposition de 2010, « Sensing Nature » au musée japonais Mori, il présente une installation dynamique « Snow » où dans un espace de 15 m de haut des kilogrammes de plumes blanches et légères sont soufflées partout et retombent lentement .

Soucieux d’être encore plus créatif en utilisant des matériaux parfois recyclés, il met au point un processus où il immerge une structure fibreuse dans un bain d’eau qui favorise la croissance naturelle des cristaux. On peut alors voir naître sous nos yeux une chaise en cristal « Venus ».  Ce sont ces éléments naturels qui inspirent le designer, il affirme par ailleurs « que le fait d’introduire dans la conception des principes et des mouvements de la nature deviendra quelque chose d’important dans l’avenir du design« .

Définissant lui même son travail comme « pouvant se résumer au design des sens » Tokujin est continuellement dans la recherche sensitive autours de formes précises et poétiques, éveillant nos sens et nous faisant vivre une réelle expérience de pureté. Un paradis blanc et lumineux respectant notre planète et notre humanité.
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À aujourd’hui 82 ans, Yayoi Kusama a déposé sa marque de fabrique unique et avant-gardiste : les petits pois.

Habitée par des hallucinations visuelles depuis l’enfance, elle reproduit ses visions colorées et sphériques dans des motifs récurrents et polymorphes. Sculptures, installations, dessins et vidéos, mais aussi des performances sur des corps humains comme en 1968 sur le pont de Brooklyn en protestation contre la guerre au Vietnam. À cette même époque elle produit un film avec Yuld Yalkut « Kusama’s Self-Obliteration » qui deviendra un film expérimental culte (voir sur youtube, parties 123).

Sa souffrance psychopathologique la pousse a se faire interner volontairement dans un hôtel psychiatrique à Tokyo, en 1973, et où elle demeure encore aujourd’hui. Elle se lance alors dans une production prolifique de dessins et rejoint le mouvement post-surréaliste japonais. Des métaphores sexuelles apparaissent dans ses œuvres, sous formes de sculptures et d’installations déclinées dans diverses matières comme le tissus ou les ballons.

En 1978, son roman autobiographique « Manhattan Suicide Addict » (disponible aux Presses du Réel) nous livre sa sensation de grande fragilité et du peu de légitimité du milieu artistique new-yorkais. C’est dans les années 80 que la reconnaissance commence à résonner pour Yayoi, Andy Warhol lui même se dit impressionné par ses principes sériels. Les expositions s’enchaînent. En France, Yayoi Kusama est reconnue comme une pionnière dans sa dimension performative et s’expose au Musée des Beaux-Arts de Calais puis de Dole.

Aujourd’hui cette petite femme aux petits pois pleins la tête continue de décliner son motif obsessionnel sur tous les supports issus de notre culture de masse : bus, téléphones portables, télévisions. Ses installations de miroirs gigantesques multiplient son « corps pois » à l’infini, pour nos yeux et la surface du monde.

Le Centre Pompidou à Paris propose jusqu’au 9 janvier 2012 une rétrospective de son œuvre.

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Depuis 1992, Emergenza propose aux groupes émergents (d’abord en Italie, puis en France et, depuis, un peu partout sur le globe) de faire leurs armes sur de grandes scènes et tenter de décrocher la timbale de meilleur groupe de l’année, d’abord dans leur pays puis dans une grande finale internationale. Depuis quelques années, celle-ci se déroule en Allemagne, à Rothenburg ob der Tauber (petite ville fortifiée de la Renaissance), lors du Taubertal Festival.

Pour cette nouvelle édition, 18 groupes représentant 16 pays s’affrontaient sur trois jours dans ce qui pourrait s’apparenter à une version moins varièt’ de l’Eurovision, même si Japon, Australie et Canada faisaient aussi partie de l’aventure. 11 jurés, issus du monde de la musique (producteurs, managers, etc.) dont votre serviteur, répartis en deux panels, artistique et technique, avec pour objectif de désigner un grand lauréat et répartir divers prix à ces groupes prometteurs. Ou, pour ces derniers, comment convaincre en 30 minutes.

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Le Jury © Michael Herdlein

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La tendance avait déjà été pressentie à Paris, le rock n’est pas mort, bien au contraire. Sur les restes de Muse, Interpol et des Strokes, ravivés une première fois par Bloc Party, Arctic Monkeys puis ces derniers temps par des groupes comme Two Door Cinema Club, on retrouve majoritairement chez ces jeunes l’envie de faire danser sur des guitares bien tranchées et des rythmiques appuyées.

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Première journée

Si ce premier jour commence sans plus d’excitation, avec le blues rock de Professor Grabosky (Allemagne), le rock de Filthy Whisky (UK) ou la pop folk de Mathieu Neil (France), c’était sans compter sans la folie salvatrice des japonais de Struggle-Head, Emergence. Rock puissant et millimétré, légèrement métallisant, qui garde pourtant une évidente saveur pop que seuls nos amis nippons sont capables de pratiquer. Une chanteuse-guitariste au sourire communicateur malgré ses trois mots d’anglais, un bassiste bondissant, un guitariste aussi discret que virtuose sur son instrument et un batteur des plus percussifs font, pour moi de ce groupe, la claque de cette édition.
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S.H.E. © Michael Herdlein

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Difficile de monter sur scène ensuite. Pourtant le rythme ne retombe pas avec les danois de LSD on CIA. Un rock ultra-énergique qui célébre la rencontre d’Arctic Monkeys et de Queens of the Stone Age. La voix de Mikkel Konyher n’est pas sans évoquer les mutations d’un Matthew Bellamy (Muse) alors que sous son jeu de guitare laisse poindre une affection pour Sonic Youth. Le punch guerrier de Troels Dankert à la batterie et la fougue frustrée de Piotr Fronek, pour cause de cheville cassée, à la basse offrent à ce groupe une section rythmique des plus excitantes. Cette blessure, n’aura d’ailleurs pas empêché ce jeune garçon de montrer, même sur une chaise à roulettes, son efficacité puisqu’il récoltera le prix du meilleur bassiste.
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LSD on CIA © Michael Herdlein

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Dans une veine similaire et un peu plus musclée, les italiens de F.O.O.S font plutôt bonne figure et leur dernière place au classement général semble bien sévère. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les suisses de Rag Dolls savent comment écrire de bonnes chansons pop-rock, il est malheureusement dommage que celles-ci donnent toujours l’impression d’être celles d’un autre groupe. Un peu d’authenticité ne leur ferait pas de mal.
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Foos © Michael Herdlein

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Puis, un peu comme par magie, cette première journée se termine en forme de parenthèse, une respiration au milieu des guitares saturées. Les australiens de LeBelle investissent le plateau, trois garçons et une très jolie jeune fille longiligne dont la voix s’élève sur Taubertal comme un enchantement. Un timbre qui rappelle ceux de Tori Amos ou Kate Bush mais qu’on ne s’y trompe pas, même si l’ambiance est plus posée, il s’agit bien là encore de rock. Brent, Mitchell et Jay qui revendiquent dans leurs influences aussi bien Coldplay que Tool… ont une assurance de jeu qui fait plaisir à voir. Un joli moment, que nous vous proposons de découvrir le temps d’un clip, en attendant la suite de ce compte-rendu, dès demain !

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Malgré sa pochette douteuse… « Her Strange Dreams » n’est pas un album de métal gothique de secondes zones, batave ou finlandaise (oui, oui, il y a des foyers très prolifiques là-bas)… Harmonious Bec est un duo japonais qui plonge l’auditeur avec talent entre abstract hip-hop et electronica, en multipliant les atmosphères et les rythmes souvent accidentés. Un peu comme si DJ Shadow s’acoquinait à Clouddead, FourTet voire Múm. Les oreilles curieuses apprécieront sans doute le détour.

http://official.fm/track/151997?size=small

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